‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 553 sur 1284 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ALCESTE, CÉLLMÈNE.

ALCESTE

Madame, voulez-vous que je vous parle net .' De vos façons d'agir je suis mal satisfait : Contre elles dans mon cœur trop de bile s'assemble. Et je sens qu'il faudra que nous rompions ensemble : Oui , je vous tromperais de parler autrement ; Tôt ou tard nous romprons indubitablement ; Et je vous promettrais mille fois le contraire. Que je ne serais pas en pouvoir de le faire.

CÉLIMÈNE

Cest pour me quereller donc , à ce que je voi , Que vous avez voulu me ramener chez mol ?

ALCESTE

Je ne querelle point. Mais votre humeur, madame, Ouvre au premier venu trop d'accès dans votre âme : Vous avez trop d'amants qu'on voit vous obséder; Et mon cœur de cela ne peut s'accommoder.

CÉLIMÈNE

Des amants que je fais me rendez-vous coupable? Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable? Et lorsque pour me voir ils font de doux efforts, Dois-je prendre un bâton pour les mettre dehors?

ALCESTE. [dre.

Non, ce n'est pas , madame, un bâton qu'il faut pren- Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins ten- Je sais que vos appas vous suivent en tous lieux ; [dre. Mais votre accueil retient ceux qu'attirent vos yeux; Et sa douceur, offerte à qui vous rend les armes . Achève sur les cœurs l'ouvrage de vos charmes. Le trop riant espoir que vous leur présentez Attache autour de vous leurs assiduités ; Et votre complaisance un peu moins étendue

LE MISANTHROPE

De tant de soupirants chasserait la cohue. Mais, au moins , dites-moi , madame , par quel sort Votre CHtandre a l'heur de vous plaire si fort? Sur quel fonds de mérite et de vertu sublime Appuyez-vous en lui l'honneur de votre estime? Est-ce par l'ongle long qu'il porte au petit doigt Qu'il s'est acquis chez vous l'estime oii l'on le voit? Vous êtes-vous rendue, avec tout le beau monde. Au mérite éclatant de sa perruque blonde? Sont-ce ses grands canons qui vous le font aimer? L'amas de ses rubans a-t-il su vous charnier? Est-ce par les appas de sa vaste rhingrave ' Qu'il a gagné votre âme en faisant votre esclave? Ou sa façon de rire , et son ton de fausset. Ont-ils de vous toucher su trouver le secret ?

CÉLIMÈNE

Qu'injustement de lui vous prenez de l'ombrage! Ne savez-vous pas bien pourquoi je le ménage ; Et que dans mon procès , ainsi qu'il m'a promis , Il peut intéresser tout ce qu'il a d'amis?

ALCESTE

Perdez votre procès , madame , avec constance , Et ne ménagez point un rival qui m'offense.

CÉLIMÈNE

Mais de tout l'univers vous devenez jaloux ,

ALCESTE

C'est que tout l'univers est bien reçu de vous.

CÉLIMÈNE

C'est ce qui doit rasseoir votre âine effarouchée , Puisque ma complaisance est sur tous épanchée : Et vous auriez plus lieu de vous en offenser, Si vous me la voyiez sur un seul ramasser.

ALCESTE

Mais moi , que vous blâmez de trop de jalousie , Qu'ai-je de plus qu'eux tous , madame , je vous prie?

CÉLIMÈNE

Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.

ALCESTE

Et quel lieu de le croire, à mon cœur enflammé?

CÉLIMÈNE

Je pense qu'ayant pris le soin de vous le dire , Un aveu de la sorte a de quoi vous suffire.

ALCESTE

Mais qui m'assurera que, dans le même instant. Vous n'en disiez peut-être aux autres tout autant ?

CÉLIMÈNE

Certes, pour un amant, la fleurette est mignonne, Et vous me traitez là de gentille personne. Eh bien! pour vous ôter d'un semblable souci, De tout ce que j'ai dit je me dédis ici ;

• Sorte de hauts Je chausses fort amples, ainsi appelés du nom (l'un seigneur allemand, gouverneur de Maéstriclil, <|ui eu iii- Iroduisit la mode. ( MÉiN )

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