‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 557 sur 1284 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ÉLIANTE, PHILINTE, ACASTE, CLITANDRE, ALCESTE, CÉLliMÈNE, BASQUE.

É LIANTE, à Ccllménc.

Voici les deux marquis qui montent avec nous. Vous l'est-on venu dire ?

CELIMKNE.

(a /luif/'ii-. ) Oui. Des sièges pour lou.s.

( liastiue donne des sièges, 1 1 sort. ) (« .-ilccsle.) \ ous n'êtes pas sorti?

ALCESTE

Non ; mais je veux , madame , Ou pour eux, ou pour moi, faire expliquer votre âme. c^;Ll.MÉ.^E.

'l'aiscz-vous.

ALCESTE

Aujourd'Ilui vous vous expliquerez.

CÉLIMËXE.

Vous perdez le sens.

ALCESTE

Point. Vous vous déclarerez.

CÉLIMÈNE

Abl

ALCESTE

Vous prendrez parti.

CÉLIiMÉNE.

\'ous vous moquez, je peuse.

ALCESTE

Non. Mais vous choisirez. C'est trop de patience.

Parbleu! je viens du Louvre, où CIconte, au levé. Madame, a bien paru ridicule achevé.

N'a-t-il point (pielque ami qui piU, sur ses manières , D'un charitable avis lui prêter les lumières?

CE LIMÉ NE

Dans le monde, à vrai dire, il se barbouille fort ; Partout il porte un air qui saute aux yeux d'abord ; Et lorsqu'on le revoit après un peu d'absenc*, On le retrouve encor plus plein d'extravagance.

ACASTE

Parbleu! s'il faut parler de gens extravagants , Je viens d'en essuyer un des plus fatigants ; Damon le raisonneur , qui m'a , ne vous déplai.-<e , Une heure, au grand soleil , tenu hors de ma chaise.

CÉLIMÈNE

C'est un parleur étrange, et qui trouvetoujours L'art de ne vous rien dire avec de grands discours ; Dans les propos (|u'il tient on ne voit jamais goultc. Et ce n'est que du bruit (pie tout ce qu'on écoule.

ÉLIANTE, a l'hilin/f.

Ce début n'est pas mal ; et contre le prochain , La conversation prend un assez bon train.

CLITANDRE

Timanle encor, madame, est un bon caractère.

CÉLIMÈNE

C'est de la tète aux pieds un homme tout mystère, Qui vous jette, en passant, un coup d'(cil égaré, Et sans aucune affaire , est toujours affairé.

LE MISANTHROPK,

Tout ce qu'il vous débite en grimaces abonde ; A force de façons , il assonuiie le monde ; Sans cesse il a tout bas , pour rompre l'entretien , Ifn secret à vous dire, et ce secret n'est rien ; Ue la moindre vétille il fait une merveille , F.t , jusques au bonjour , il dit tout à l'oreille.

ACASTE

Et Géralde, madame?

CÉLIMÈNE

O l'ennuyeux conteur !

Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur ; Dans le brillant commerce il se mêle sans cesse , Et ne cite jamais que duc, prince, ou princesse. La qualité l'entête, et tous ses entretiens Ne sont que de chevaux , d'équipage , et de chiens : Il tutoie, en parlant, ceux du plus haut étage. Et le nom de monsieur est elioz lui hors d'usage.

CLITANDRE

On dit qu'avec Bélise il est du dernier bien.

CÉLIMÈ\E.

Le pauvre esprit de femme, et le sec entretien I Lorsqu'elle vient me voir , je souffre le martyre ; Il faut suer sans cesse à chercher que lui dire ; Et la stérilité de son expression Fait mourir à tous coups la conversation. En vain , pour attaquer son stupide silence , De tous les lieux communs vous prenez l'assistance ; Le beau temps et la pluie, et le froid et le chaud , Sont des fonds qu'avec elle on épuise bientôt. Cependant sa visite, assez insupportable. Traîne en une longueur encore épouvantable ; Et l'on demande l'heure , et l'on bâille vingt fois , Qu'elle grouille ' aussi peu qu'une pièce de bois.

ACASTE

Que vous semble d'Adraste ?

Ah ! quel orgueil extrême !

C'est un homme gonflé de l'amour de soi-même. Son mérite jamais n'est content de la cour; Contre elle il fait métier de pester chaque jour ; Et l'on ne donne emploi , charge ni bénéfice , Qu'à tout ce qu'il se croit on ne fasse injustice.

CLITANDRE

Mais le jeune Cléon, chez qui vont aujourd'hui Nos plus honnêtes gens, que dites-vous de lui?

CÉLIMÈNE

Que de son cuisinier il s'est fait un mérite, Et que c'est à sa table à qui l'on rend visite.

■ Vieux mol qui signilie remuer. Il éloil foil usili- alors ; c'est au moins ce qu'on peut conclure du passage suivant de Ménage ; Nous OISONS je lie puis me qrouUler, pour dire je ne puis me remuer. Molière l'a encore employé dans le Bourgeois gentilhomme. Il a vieilli.

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