F,LIA^TE
Dans ses façons d'agir il est fort singulier; .Mais, j'en fais, je l'avoue, un cas particulier; V.l la sincérité dont son âme se pique A quelque chose en soi de noble et d'héroïque. C'est une vertu rare, au siècle d'aujourd'hui, Kt je la voudrais voir partout comme chez lui.
PHILINTE
Pour moi, plus je le vois, plus surtout je m'étonne De cette passion où son cœur s'abandonne. De l'humeur dont le ciel a voulu le former, .le ne sais pas comment il s'avise d'aimer; Kt je sais moins encor comment votre cousine Peut être la personne où son penchant l'incline.
ÉLIAKTE.
Cela fait assez voir que l'amour , dans les cœurs N'est pas toujours produit par un rapport d'humeurs ; Et toutes ces raisons de douces sympathies Dans cet exemple-ci se trouvent démenties.
PHII.IXTE.
]Mais croyez- vous qu'on l'aime, aux choses qu'on peut ÉLiANTE. [voir?
C'est un point qu'il n'est pas fort aisé de savoir. Conuuent pouvoir juger s'il est vrai qu'elle l'aime ? Son cœur dece qu'il sent n'est pasbien sur lui-même; Il aime quelquefois sans qu'il le sache bien, Et croit aimer aussi , parfois qu'il n'en est rien.
PHILINTE
Je crois que notre ami , près de cette cousine.
Trouvera des chagrins plus qu'il ne s'imagine;
Et , s'il avait mon cœur, à dire vérité
11 tournerait ses vœux tout d'un autre e'té:
El par un choix plus juste, on le verrait, madame,
LE IVnSANTHROPE, ACTE IV, SCENE II.
Profiter des bontés que lui montre votre Sme.
ÉLIANTE
Pour moi , je n'en fais point de façons , et je croi Qu'on doit, surde tels points, être de bonne foi. Ju ne n)"oppose point a tuule sa tendresse; Au contraire, mon cœur pour elle s'intéresse; Et, si c'était qu'à moi la chose pût tenir. Moi-même à ce qu'il aime on me verrait l'unir. Mais si dans un tel choix , comme tout se peut faire , Son amour éprouvait quelque destin contraire , S'il fallait que d'un autre on couronnât les feux , Je pourrais me résoudre à recevoir ses vœux : Et le refus souffert en pareille occurrence Ne m'y ferait trouver aucune répugnance.
PHILINTE
Et moi , de mon côté , je ne m'oppose pas , Madame, à ces bontés qu'ont pour lui vos appas ; Et lui-même, s'il veut, il peut bien vous instruire De ce que là-dessus j'ai pris soin de lui dire. Mais si, par un hymen qui les joindrait eux deux , Vous étiez hors d'état de recevoir ses vœux , Tous les miens tenteraient la faveur éclatante Qu'avec tant de bonté votre âme lui présente : Heureux si , quand son cœur s'y pourra dérober , Elle pouvait sur moi , madame, retomber!
ÉLIANTE
Vous vous divertissez , Philinte.
PHILINTE
Non, madame, Et je vous parle ici du meilleur de mon âme. J'attends l'occasion de m'offrir hautement , Et de tous mes souhaits j'en presse le moment.