‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 574 sur 1284 · ALCESTE, ÉLIANTE, PHILINTE · texte numérisé non relu

ALCESTE, ÉLIANTE, PHILINTE

ALCESTE

Ah! faites-moi raison, madame, d'une offense Qui vient de triompher de toute ma constance.

ÉLIANTE

Qu'est-ce donc? Qu'avez-vous qui vous puisse émou- ALCESTE. [voir?

J'ai ce que, sans mourir, je ne puis concevoir; Et le déchaînement de toute la nature -\e m'accablerait pas comme cette aventure. C'en est fait... IMon amour... Je ne saurais parler..

ÉLIANTE

Que votre esprit un peu tâche à se rappeler.

ALCESTE

O juste ciel ! faut-il qu'on joigne à tant de grâces Les vices odieux des âmes les plus basses?

ÉLIANTE

Mais encor, qui vous peut...

houéhe.

ALCESTE

Ah! tout est ruiné:

Je suis , je suis tralii , je suis assassiné. Célimène... eilt-on pu croire cette nouvelle? Célimène me trompe, et n'est qu'une infidèle.

ÉLI.ANTE.

Avez-vous , pour le croire, un juste fondement?

PHILINTE

Peut-être est-ce un soupçon conçu légèrement ; Et votre esprit jaloux prend parfois des chimères...

ALCESTE

Ah! morbleu! mêlez-vous, monsieur, de vos affaires.

(ra ÈUante.) C'est de sa trahison n'être que trop certain , Que l'avoir, dans ma poche, écrite de sa main. Oui , madame, une lettre écrite pour Oronte, A produit à mes yeux ma disgrâce et sa honte; Oronte , dont j'ai cru qu'elle fuyait les soins , Et que de mes rivaux je redoutais le moins.

PHILINTE

Une lettre peut bien tromper par l'apparence, Et n'est pas quelquefois si coupable qu'on pense.

ALCESTE

Monsieur, encore un coup, laissez-moi, s'il vous plaft. Et ne prenez souci que de votre intérêt.

ÉLIANTE

Vous devez nwdérer vos transports , et l'outrage...

ALCESTE

Madame, c'est à vous qu'appartient cet ouvrage ; C'est à vous que mon cœur a recours aujourd'hui Pour pouvoir s'affranchir de son cuisant ennui. Vengez-moi d'une ingrate et perfide parente Qui trahit lâchement une ardeur si constante, Vengez-moi de ce trait qui doit vous faire horreur.

ÉLIANTE

Moi , vous venger? Comment ?

ALCESTE

En recevant mon cœur.

Acceptez-le, madame, au lieu de l'inOdèle : C'est par là que je puis prendre vengeance d'elle; Et je la veux punir par les sincères vœux, Par le profond amour, les soins respectueux. Les devoirs empressés et l'assidu service. Dont ce cœur va vous faire un ardent sacrifice.

ÉLIANTE

Je compatis , sans doute , à ce que vous souffrez , Et ne méprise point le cœur que vous m'offrez ; Mais peut-être le mal n'est pas si grand qu'on pense Et vous pourrez quitter ce désir de vengeance. Lorsque l'injure part d'un objet plein d'appas, On fait force desseins qu'on n'exécute pas ; On a beau voir, pour rompre, une raison puissante ; Une coupable aimée est bientôt innocente : Tout le mal qu'on lui veut se dissipe aisément ,

ai

j-j2 LE MISANTHROPE,

ri Ion sait ce que c'est qu'un courroux d'un amant.

AI.CESTE

TNon, non, madame, non. L'offense est trop mortelle; Il n'est point de retour, et je romps avec elle; r.ion ne saurait clianj^er le dessein que j'en fais, Kt je me punirais de l'estimer jamais.

La voici. Mon courroux redouble à cette approche , .Te vais de sa noirceur lui faire un vif reproche , Pleinement la confondre, et vous porter après Un cœur tout dégagé de ses trompeurs attraits.

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