‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 575 sur 1284 · CÉLIMÈNE, ALCESTE · texte numérisé non relu

CÉLIMÈNE, ALCESTE

ALCESTE , à pari.

O ciel ! de mes transports puis-je être ici le maître? CÉLIMÈNE, à part.

( à .ïlceste. ) Ouais! Quel est donc le trouble oîi je vous vois paraître.' Et que me veulent dire, et ces soupirs pous.sés, Et ces sombres regards que sur moi vous lancez?

ALCESTE

Que toutes les horreurs dont une âme est capable , A vos déloyautés n'ont rien de comparable; Que le sort , les démons, et le ciel en courroux , N'ont jamais rien produit de si méchant que vous.

Voilà certainement des douceurs que j'admire.

ALCESTE

Ah ! ne plaisantez point , il n'est pas temps de rire :

Rougissez bien plutôt , vous en avez raison;

l'.t j'ai de sûrs témoins de votre trahison.

\'oilà ce que marquaient les troubles de mon âme;

(^e n'était pas en vain que s'alarmait ma (lamine ;

Par ces fréquents soupçons qu'on trouvait odieux ,

.le cherchais le malheur tju'ont rencontré mes yeux;

Et . malgré tous vos soins et votre adresse à feindre. Mon astre me disait ce que j'avais à craindre :

Mais ne présumez pas que, sans être vengé.

Je souffre le dépit de me voir outragé.

Je sais que sur les vœux on n'a point de puissance ,

Que l'amour veut partout naître sans dépendance ,

Que jamais par la force on n'entra dans un cœur ,

VX (|ue toute âme est libre à nommer son vainqueur :

Aussi ne trouverais-je aucun sujet de plainte.

Si pour moi votre bouche avait parlé sans feinte ;

El , rejetant mes vœux des le premier abord ,

.■Mon cœur n'aurait eu droit de s'en prendre qu'au sort.

Mais d'un aveu trompeur voir ma (lamme applaudie ,

C'est une trahison , c'est une perfidie.

Qui ne saurait trouver de trop grands châtiments ;

Kl je puis tout permettre à mes ressentiments.

Oui , oui , redoutez tout après un tel outrage ;

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