ACTE IV, SCÈNE IV
Je voudrais bien savoir qui pourrait me contraindre
A descendre pour vous aux bassesses de feindre ;
Et pourquoi , si mon cœur penchait d'autre côté ,
Je ne le dirais pas avec sincérité.
Quoi ! de mes sentiments l'obligeante assurance
Contre tous vos soupçons ne prend pas ma défense?
.'Vuprès d'un tel garant sont-ils de quelque poids ?
N'est-ce pas m'outrager que d'écouter leur voix ?
Et puisque notre cœur fait un effort extrême
Lorsqu'il peut se résoudre à confesser qu'il aime;
Puisque l'honneur du sexe, ennemi de nos feux.
S'oppose fortement à de pareils aveux ,
L'amant qui voit pour lui franchir un tel obstacle ■
Doit-il impunément douter de cet oracle .'
Et n'est-il pas coupable, en ne s'assurant pas
A ce qu'on ne dit point qu'après de grands combats ?
Allez , de tels soupçons méritent ma colère ,
Et vous ne valez pas que l'on vous considère.
Je suis sotte, et veux mal à ma simplicité
De conserver encor pour vous quelque bonté;
Je devrais autre part attacher mon estime,
Et vous faire un sujet de plainte légitime.
ALCESTE
Ah ! traîtresse ! mon faible est étrange pour vous ; Vous me trompez, sans doute, avec des mots si doux ; Mais il n'importe , il faut suivre ma destinée : A votre foi mon âme est toute abandonnée ; Je veux voir jusqu'au bout quel sera votre cœur , Et si de me trahir il aura la noirceur.
CELIMÈNE.
Non, vous ne m'aimez pointcommeil faut que l'on ai- ALCESTE. [me.
Ah ! rien n'est comparable à mon amour extrême ; Et dans l'ardeur qu'il a de se montrer à tous , Il va jusqu'à former des souliaits contre vous. Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable. Que vous fussiez réduite en un sort misérable , Que le ciel , en naissant , ne vous edt donné rien ; Que vous n'eussiez ni rang , ni naissance, ni bien , Afin que de mon cœur l'éclatant sacrifice Vous pût d'un pareil sort réparer l'injustice; Et que j'eusse la joie et la gloire en ce jour De vous voir tenir tout des mains de mon amour.
CÉLIMÈNE
C'est me vouloir du bien d'une étrange manière ! Me préserve le ciel que vous ayez matière... Voici monsieur Dubois plaisamment figuré.