‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 609 sur 1284 · LUCINDE, GÉRONTE, SGANARELLE, VALÈRE, LUCAS, JACQUELINE · texte numérisé non relu

LUCINDE, GÉRONTE, SGANARELLE, VALÈRE, LUCAS, JACQUELINE

SGANABELLE.

Est-ce là la malade ?

GÉBONTE.

Oui. Je n'ai qu'elle de fille ; et j'aurais tous les regrets du monde si elle venait à mourir.

SGANABELLE.

Qu'elle s'en garde bien ! Il ne faut pas qu'elle meure sans l'ordonnance du médecin.

GÉBONTE.

Allons, un siège.

SGANARELLE, assis entre Gérante et I.ucinde.

Voilà une malade qui n'est pas tant dégoûtante, et je tiens qu'un homme bien sain s'en accommoderait assez.

GÉBONTE.

Vous l'avez fait rire , monsieur.

SGANABELLE.

Tant mieux : lorsque le médecin fait rire le malade, c'est le meilleur signe du monde, (à I.ucinde. ) Eh bien ! de quoi est-il question? Qu'avez-vous? Quel est le mal que vous sentez ?

LUCiNDE , portant sa main à sa bouche, à sa tête, et sous son menton.

nan,hi,hon,han.

SGANABELLE.

né! que dites-vous?

LUCINDE continue les mêmes gestes.

Han , hi , hon , han , ban , lii , hon .

SGANABELLE

Quoi?

LUCINDE

Han, hi, hon.

Han, hi, hon, han, ha. Je ne vous entends point Quel diable de langage est-ce là?

LE MÉDECIN MALGRÉ LUI, ACTE II, SCÈiXE VI.

GEBONTE.

Monsieur, c'est là sa maladie. Elle est devenue muette, sans que jusques ici on en ait pu savoir la cause; et c'est un accident qui a fait reculer son mariage .

SGANABELLE.

Et pourquoi?

GÉEONTE.

Celui qu'elle doit épouser veut attendre sa guérison pour conclure les choses.

SGANAEELLE.

Et qui est ce sot-là , qui ne veut pas que sa femme soit muette? Plût à Dieu que ma femme eût cette maladie! je me garderais bien de la vouloir guérir.

GÉBONTE.

Enfin , monsieur, nous vous prions d'employer tous vos soins pour la soulager de son mal.

SGANAEELLE.

Ah! ne vous mettez pas en peine. Dites-moi un peu : ce mal l'oppresse-t-il beaucoup?

GEBONTE.

Oui, monsieur.

SG-ANABELLE.

Tant mieux. Sent-elle de grandes douleurs?

GEBONTE.

Fort grandes.

SGANAEELLE.

C'est fort bien fait. Va-t-elle oîi vous savez ?

GÉEONTE.

Oui.

SGANAEELLE.

Copieusement ?

GÉEONTE.

Je n'entends rien à cela.

SGANAEELLE.

La matière est-elle louable?

GEBONTE.

Je ne me connais pas à ces choses.

SGANAEELLE, à Lucinde.

Donnez-moi votre bras. ( à Gérante. ) Voilà un pouls qui marque que votre fille est muette.

GÉEONTE.

Eh! oui, monsieur, c'est là son mal; vous l'avez trouvé tout du premier coup.

SGANAEELLE.

Ah! ah!

JACQUELINE

Voyez comme il a deviné sa maladie!

SGANAEELLE.

Nous autres grands médecins , nous connaissons d'abord les choses. Un ignorant aurait été embarrassé, et vous eût été dire : C'est ceci, c'est cela; mais moi, je touche au but du premier coup, et je vous apprends que votre fille est muette.

GEEONTE.

Oui ; mais je voudrais bien que vous me puissiez dire d'oii cela vient.

SGANAEELLE.

Il n'est rien de plus aisé; cela vient de ce qu'elle a perdu la parole.

GÉEONTE.

Fort bien. Mais la cause , s'il vous plaît , qui fait qu'elle a perdu la parole ?

SGANAEELLE.

Tous nos meilleurs auteurs vous diront que c'est l'empêchement de l'action de sa langue.

GÉEONTE.

Mais encore , vos sentiments sur cet empêchement de l'action de sa langue?

SGANABELLE.

Aristote, là-dessus, dit... de fort belles choses.

GÉEONTE.

Je le crois.

SG ANABELLE.

Ah! c'était un grand homme!

GÉEONTE.

Sans doute.

SGANAEELLE.

Grand homme tout à fait; {levant le bras depuis le coude. ) un homme qui était plus grand que moi de tout cela. Pour revenir donc à notre raisonnement, je tiens que cet empêchement de l'action de sa langue est causé par de certaines humeurs , qu'entre nous autres savants nous appelons humeurs peccantes ;

c'est-à-dire humeurs peccantes; d'autant que les

vapeurs formées par les exhalaisons des influences qui s'élèvent dans la région des maladies, venant.... pour ainsi dire.... à Entendez-vous le latin?

GÉEONTE.

En aucune façon.

SGANABELLE, se levant brusquement.

Vous n'entendez point le latin ?

GÉEONTE.

Non.

SGANAEELLE, avec enthousiasme.

Cabricias, arci thiiram, catalamus, singulai-ilerj nominativo , hsec musa , la muse, bonus, bona, bonum. Deus sanctus , est-ne oratio latinas? Etiamy oui. Çiwre ? pourquoi ? Qida substantivo , eladjeclivum, concordat in generi, numei'um, et casus'.

■ Les quatre premiers mots de cette tirade prétendue latine sont des mots forgés qui n'appartiennent à aucune langue. Le reste est une citation ridiculement estropiée de quelques lignes du rudiment de Despautère , et principalement de ce passage : « Deus sanctus, est-ne oratio latina? Etiam. Quare? Quia ad- « jectivum et substantivmn concordant in génère, numéro-. Il casu. " ( A. )

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