‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 615 sur 1284 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

THIBAUT, PERIUN, SGANARELLE.

THIBAUT

Monsieu , je venons vous charcher, mon fils Perrin et moi.

SGANABELLE.

Qu "ya-t-il?

THIBAUT

Sa pauvre mère, qui a nom Parrette, est dans un lit malade il y a six mois.

SGANARELLE, tendant la main comme pour recevoir de l'argent.

Que voulez-vous que j'y fasse?

LE MÉDECIN MALGRÉ LUI, ACTE III, SCÈNE lU.

THIBAUT

Je voudrions , monsieu , que vous nous baillissiez queuque petite drôlerie pour la garir.

SGANABELLE.

II faut voir. De quoi est-ce qu'elle est malade?

THIBAUT

Aile est malade d'hj'pocrisie, monsieu.

SGANAHELLE.

D'hypocrisie ?

THIBAUT

Oui , c'est-à-dire qu'aile est enflée partout ; et l'an dit que c'est quantité de sériosités qu'aile a dans le corps , et que son foie , son ventre , ou sa rate , conmie vous voudrais l'appeler, au glieu défaire du sang, ne fait plus que de l'iau. Aile a, de deux jours l'un, la fièvTe quotiguienne , avec des lassitudes et des douleurs dans les mufles des jambes. On entend dans sa gorge des fleumes qui sont tout prêts à l'étouffer; et parfois il li prend des syncoles et des conversions , que je croyons qu'aile est passée. J'avons dans notre village un apothicaire , révérence parler , qui li a donné je ne sais combien d'histoires ; et il m'en coûte plus d'eune douzaine de bons écus en lavements , ne v's en déplaise , en apostumes qu'on li a fait prendre , en infections de jacinthe , et en portions cordales. Mais tout ça, comme dit l'autre, n'a été que de l'onguent miton-mitaine. Il vêlait li bailler d'eune certaine drogue qu'on appelle du vin amétile ; mais j'ai-z-eu peur franchement que ça l'envoyît a patres ; et l'an dit que ces gros médecins tuont je ne sais combien de monde avec cette invention-là.

SGANABELLE, tendant toujours la main.

Venons au fait, mon ami, venons au fait.

THIBAUT

Le fait est , monsieu , que je venons vous prier de nous dire ce qu'il faut que je fassions.

SGANABELLE.

Je ne vous entends point du tout.

PEKBIN.

Monsieu , ma mère est malade ; et v'ià deux écus que je vous apportons pour nous bailler queuque remède.

SGANABELLE.

Ah ! je vous entends , vous. Voilà un garçon qui parle clairement, et qui s'explique comme il faut. Vous dites que votre mère est malade d'hydropisie , qu'elle est enflée par tout le corps , qu'elle a la fièvre, avec des douleurs dans les jambes, et qu'il lui prend parfois des syncopes et des convulsions , c'està-dire des évanouissements ?

PEBRIN.

Eh ! oui , monsieu , c'est justement ça.

SGANABELLE.

J'ai compris d'abord vos paroles. A'ous avez un

père qui ne sait ce qu'il dit. Maintenant vous me demandez im remède ?

PEKBIN.

Oui, monsieu.

SGANABELLE.

Un remède pour la guérir ?

PEBKIN.

C'est comme je l'entendons.

SGANABELLE.

Tenez , voilà un morceau de fromage qu'il faut que vous lui fassiez prendre.

PEBBIN.

Du fromage , monsieu ?

SGANABELLE.

Oui ; c'est un fromage préparé , oii il entre de l'or, du corail et des perles , et quantité d'autres choses précieuses.

PEBRIN.

Monsieu , je vous sommes bien obligés ; et j'allons li faire prendre ça tout à l'heure.

SGANABELLE.

Allez. Si elle meurt , ne manquez pas de la faire enterrer du mieux que vous pourrez.

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