‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 635 sur 1284 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MYRTIE , MÉEICERTE.

MVRTtL.

l'ai fait tantôt , charmante Méiicerte , Un petit prisonnier que je garde pour vous , l'^t dont peut-être un jour je deviendrai jaloux. C'est un jeune moineau , qu'avec un soin extrême .le veux, pour vous l'offrir, apprivoiser moi-même. Ee présent n'est pas grand ; mais les divinités Ne jettent leurs regards que sur les volontés. C'est le cœur qui fait tout; et jamais la richesse [tesse.'' Des présents que... IMais, ciel! d'où vient cette tris- Qu'avez-vous , IMélicerte? et quel sombre chagrin .Se voit dans vos beaux yeux répandu ce matin.' Vous ne répondez point ; et ce morne silence r.edouble encor ma peine et mon impatience. Parlez. De quel ennui ressentez-vous les coups;" yti'est-cedonc?

MEMCEIITE.

Ce n'est rien.

MVIlTIt,.

Ce n'est rien, dites-vous?

Ei je vois cependant vos yeux couverts de larmes. Cela s'accorde-t-il , beauté pleine de charmes? Ah! ne me faites point un secret dont je meurs, Et m'expliquez , hélas ! ce que disent ces pleurs.

MÉLICKilTE.

Rien ne me servirait de vous le faire entendre.

MVRTIL.

Devez-vous rien avoir que je ne doive apprendre ; Et ne blessez-vous pas notre amour aujourd'hui , De vouloir me voler la part de voire em)ui? Ah! ne le cachez point à l'ardeur qui m'inspire.

MELICERTE.

Eh bien! Myrtil. eh bien! il faut donc vous le dire;

•T'ai su que, par un choix plein de gloire pour vous,

Éroxène et Daplmé vous veulent pour époux ;

Et je vous avoilrai que j'ai cette faiblesse

De n'avoir pu, Myrtil, le savoir sans tristesse,

-Sans accuser du sort la rigoureuse loi,

Qui les rend dans leurs vœux préférables à moi.

MVRTIL.

Et vous pouvez l'avoir, cette injuste tristesse! Vous pouvez soupçonner mon amour de faiblesse, Et croire qu'engagé par des charmes si doux , Je puisse être jamais à quelque autre qu'à vous! Que je puisse accepter une autre main offerte! Eh ! que vous ai-je fait, cruelle iMclicerte, Pour traiter ma tendresse avec tant de rigueur. Et faire un jugement si mauvais de mon cœur? Quoi ! faut-il que de lui vous ayez quelque crainte? Je suis bien malheureux de souffrir cette atteinte : Et que me sert d'aimer conuiiejefais, hélas f Si vous êtes si prête à ne le croire pas?

MELICERTE.

Je pourrais moins , Jlyrtil , redcmter ces rivales , Si les choses étaient de part et d'autre cg;rfes. Et dans un rang pareil , j'oserais espérer Que peut-être l'amour nie ferait préférer; Mais l'inégalité de bien et de naissance Qui peut , d'elles à moi , faire la différence.

MYRTIL

Ah! leur rang de mon cœur ne viendra point iihoiit,

Et vos divins appas vous tiennent lieu de tout.

Je vous aime : il suffit ; et dans votre personne

Je voisrang, biens, trésors. États, sceptre, couronne-,

Et des rois les plus grands m'offrit-on le pouvoir.

Je n'y changerais pas le bien de vous avoir.

C'est une vérité toute sincère et pure;

Et pouvoir en douter est me faire une injure.

MELICERTE.

Eh bien! je crois, MyrtiE puisque vous le voidiz.

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