‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 667 sur 1284 · LE SICILIEN, SCÈNE XUI · texte numérisé non relu

LE SICILIEN, SCÈNE XUI

DON PEDRE.

Le nez me semble un peu trop gros.

ADBASTE.

J'ai lu, je ne sais oîi, qu'Apelle peignit autrefois une maîtresse d'Alexandre d'une merveilleuse beauté, et qu'il en devint, la peignant, si éperdument amoureux , qu'il fut près d'en perdre la vie : de sorte qu'Alexandre, par générosité, lui céda l'objet de ses vœux. ( à don Pèdre. ) Je pourrais faire ici ce qu'Apelle fit autrefois ; mais vous ne feriez pas , peut-être , ce que fit Alexandre.

{don Pèdre fa it la grimace . ) ISIDORE, à don. Pèdre.

Tout cela sent la nation ; et toujours messieurs les Français ont un fonds de galanterie qui se répand partout.

ADEASTE.

On ne se trompe guère à ces sortes de choses , et vous avez l'esprit trop éclairé pour ne pas voir de quelle source partent les choses qu'on vous dit. Oui, quand Alexandre serait ici, et que ce serait votre amant, je ne pourrais m'empêcher de vous dire que je n'ai rien vu de si beau que ce que je vois maintenant, et que...

DON PÈDBE.

Seigneur Français , vous ne devriez pas , ce me semble, parler ; cela vous détourne de votre ou\Tage.

ADBASTE.

Ail ! point du tout. J'ai toujours coutume de parler quand je peins ; et il est besoin , dans ces choses , d'un peu de conversation , pour réveiller l'esprit , et tenir les visages dans la gaieté nécessaire aux personnes que l'on veut peindre.

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