QUI ONT DANSÉ ET CHANTÉ DANS LE SICILIEN
Don PÈDHK, Io .sieur Molière.
Adhaste, le sieur de la Grange.
Isidore, Mlle de Brie.
ZaIuk, Mlle Molière.
H.VLI, le sieur de la Thorillicrc.
Un Sénateur , le .sieur du Croisy.
Musiciens clianlanls, les sieurs lllondel, Caye, Noblet,
Esclave tirc chanlant , le sieur Gaye.
Esclaves turcs dansauU, les sieurs le Prêtre, Chicanneau,
Mayeîif Pcsan.
Maures de qualité, le Roi, M. le Grand, les marquis de fil-
Irroyct (le Hassan.
Mauresques de qualité , Madame , Mlle de la Falliire, BIn.<: de
Rochefort, Mlle de Brancas.
Maures nus, MM. Cocquet, de Souvilk, les iiearsBeauchampi,
IVoblet, Chicanneau, la Pierre, Favier, et Dei-^irs, Ga-
land.
Maures .i capot, les sieurs la Mare, du Feu, .4rnalâ, Fa-
gnard, Fcnard.
FIN UU iilCILIEN.
LE TARTUFFE
PRÉFACE '
Voici une comédie dont on a fait beaucoup de bruit , qui a élé longtemps persécutée ' ; et les gens qu'elle joue ont bien fait voir qu'ils étaient plus puissants en France que tous ceux que j'ai joués jusques ici. Les marquis , les précieuses , les cocus et les médecins , ont souffert doucement qu'on les ait représentés , et ils ont fait semblant de se divertir, avec tout le monde, des peintures que l'on a faites d'eux , mais les hypocrites n'ont point entendu raillerie ; ils se sont effarouchés d'abord , et ont trouvé étrange que j'eusse la hardiesse de jouer leurs grimaces, et de vouloir décrier un métier dont tant d'honnêtes gens se mêlent. C'est un crime qu'ils ne sauraient me pardonner, et ils se sont tous armés contre ma comédie avec une fureur épouvantable. Us n^ont eu garde de l'attaquer par le côté qui les a blessés; ils sont trop politiques pour cela, et savent trop bien vivre pour décou\ rir le fond de leur âme. Suivant leur louable coutume , ils ont couvert leui-s intérêts de la cause de Dieu; et le Tartuffe, dans leur bouche, est une pièce qui offense la piété. Elle est, d'un bout à l'autre, pleine d'abominations , et l'on n'y trouve rien qui ne mérite le feu. Toutes les syllabes en sont impies; les gestes mêmes y sont criminels; et le moindie coup d'œil, le moindre branlement de tête, le moindre pas à droite ou à gauche, y cachent des mystères qu'ils trouvent moyen d'expliquer à mon désavantage.
J'ai eu beau la soumettre aux lumières de mes amis, et h la censure de tout le monde : les corrections que j'y ai pu faire; le jugement du roi et de la reine, qui l'ont vue; l'approbation des grands princes et de messieurs les ministres, qui l'ont honorée publiquement de leur présence; le témoignage des gens de bien, qui l'ont trouvée profitable, tout cela n'a de rien servi. Us n'en veulent point démordre, et , tous les jours encore , ils font crier en public de y.élés indiscrets, qui me disent des injures pieusement, et me damnent par charité.
Je me soucierais fort peu de tout ce qu'ils peuvent dire , n'était l'artifice qu'ils ont de me faire des ennemis que je respecte, et de jeter dans leur parti de véritables gens de bien, dont ils préviennent la bonne foi, et qui, par la
' Celte préface a été mise par Molière eu tèle de la première êililion du Tartuffe, publiée en 1609, quelques mois après la si-conde représentation de cet ouvrage, et plus de deux ans après la première.
chaleur qu'ils oiU pour les intérêts du ciel , sont fttciles a recevoir les impressions qu'on veut leur donner. Voilà ce qui m'oblige à me défendre. C'est aux vrais dévots que je veux partout me justifier sur la conduite de ma comédie; et je les conjure, de tout mon coeur, de ne point condamner les choses avant que de les voir, de se défaire de toute prévention, et de ne point servir la passion de ceux dont les grimaces les déshonorent.
Si l'on prend la peine d'examiner de bonne foi ma comédie , on verra sans doute que mes inteutions y sont partout innocentes, et qu'elle ne tend nullement à jouer les choses que l'on doit révérer; que je l'ai traitée avec toutes les précautions que me demandait la délicatesse de la matière;ct que j'ai mis toutl'art et tous les soms qu'il m'a été possible pour bien distinguer le personnage de l'hypocrite d'avec celui du vrai dévot. J'ai employé pour cela deux actes entiers à préparer la venue de mon scélérat. Il ne tient pas un seul moment l'auditeur en balance; on le connaît d'abord aux marques que je lui domie; et, d'un bout à l'autre, il ne dit pas un mot, il ne fait pas une action, qui ne peigne aux spectateurs le caractère d'un méchant homme, et ne fasse éclater celui du véritable homme de bieu que je lui oppose.
Je sais bien que, pour réponse, ces messieurs tâchent d'insinuer que ce n'est point au théâtre à parler de ces matières; mais je leui' demande, avec leur permission, sur quoi ils fondent celte belle maxime. C'est une proposition qu'ils ne font que supposer, et qu'ils ne prouvent en aucune façon ; et, sans doute, il ne serait pas dilTidle de leur faire voir que la comédie , chez les anciens , a pris son origine de la religion, et faisait partie de leurs mystères; que les Espagnols, nos voisins, ne célèbrent guère de fêle où la comédie ne soit mêlée; et que, même parmi nous, elle doit sa naissance aux soins d'une confrérie à qui appartient encore aujourd'hui lliotel de Bourgogne; que c'est un lieu qui fut donné pour y représenter les plus importants mystères de notie foi ; qu'on en voit encore des comédies imprimées en lettres gothiques, sous le nom d'un docteur de Sorbonne ; et , sans aller chercher si loin , que l'on a joué , de notre temps, des pièces saintes de 1\I. Corneille ', qui ont élé l'admiration de toute la France.
Si l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes, je ne \ois pas par quelle raison il y eu aura de
Pulijeuclc, cl l'Iicvdorc, vierge et martyre.
PREFACE
privilégiés. Ct'liii-cicsl, dans l'Étal, d'iinn oonséquenre bien plus dangereuse que tous les autres; et nous avons vu que le théâtre a une grande vertu pour la correction. Les plus beaux traits d'une sérieuse morale .sont moins puissants, le plus souvent, que ceuv de la satire; cl rien ne reprend mieux la pluiiart des hommes (|uo la peinture de leurs défauts. C'est une grande alleinlc aux vices, que de les exposer h la risée de tout le monde. On souffre aisément des lépréliensions , mais on ne soufl're point la raillerie. On veut bien être méchant; mais on ne veut point être ridicule.
On me reproche d'avoir mis des ternies de piété dans la bouche de mon imposleur. Hé! ponvais-je m'en empéclier, pour bien représenter le caractère d'un hypocrite.' Il suffit, ce me semble, que je fasse connaître les motifs criminels qui lui font dire les choses, cl que j'en aie retranché les termes consacrés, dont on aurait eu peine il lui entendre faire un mauvais usage. — Mais il débite au quatrième acte une morale pernicieuse. — Mais cette morale est-elle quelque chose dont tout le monde n'eftt les oreilles rehaltues .' Dil-elle rien de nouveau dans ma comédie ? et peuton craindre «pie des choses si généralement détestées fusent quelque impression dans les esprits? que je les rende dangereuses en les faisant monter sur le lliéitre; qu'elles reçoivent quelque autorité de la bouche d'un scélérat? Il n'y a nulle apparence à cela ; et l'on doit appiou\ ei- la comédie du Tarlu/fe, ou condamner généralemenl toutes les comédies.
C'est à quoi l'on s'attache furieusemcnl depuis un lenips ; et jamais on ne s'était si fort déchaîné contre le Ihéàlre. Je ne puis pas nier qu'il n'y ait eu des Pères de l'Église (|ui ont condamné la comédie ; mais on ne peut pas me nier aussi qu'il n'y en ail eu quelques-uns qui l'ont traitée un peu plus doucement. Ainsi, l'autorité dont on prélen<l appuyer la censure est détruite par ce partage ; et toute la couséquenc* tpi'on peut tirer de cette diversité d'opinions en des esprits éclairés des mêmes lumières , c'est qu'ils ont pris la comédie différemmeul, et que les uns l'ouï considérée dans sa pureté, lorsque les autres l'ont regardée dans sa corruption, el confondue avec tous ces vilains spectacles qu'on a eu raison de nommer des spectacles de turpitude.
El en effet, puisqu'on doit discourir des choses, el non pas des mois, et que la plupart des contrariétés vieuiieiil de ne se pas entendre, et d'envelopper dans un même mol des choses opposées, il ne faut qu'ôter le voile de l'écpiivoque,cl regarder ce qu'est la comé-die en soi, pourvoir si elle est condamnable. On connaîtra sans doute que, n'élanl aulre chose qu'un poème ingénieux , (pii, par des leçons agréables, reprend les défauts des hommes, on ne saurait la censurer sans injustice; et, si nous voulons oiiir là-dessus le témoignage de l'antiquité, elle nous dira que ses plus célèbres philosophes ont donné des louanges à la comédie, eux qui faisaient profession d'une sagesse si austère, el qui criaient sans cesse après les vices de leur siècle. V.lle nous fera voir qu'.Vristote a consacré des veilles au IhéAtre, el s'est donné le soin de réduire en précepte l'arl de faire des comédies. Elle noue apprendra que de ses plus grands hommes, et des premiers en dignité, ont fait gloire d'en composer eux-mêmes; qu'il yen a eu d'autres qui n'ont pas dédaigné de réciter en pulilic celles (lu'ils avaient composées; que la Grèce a fmt pom cet art éclatei son es-
time par les prix glorieux et par les superbes Uiéâtrcs dont elle a voulu l'honorer; et que, dans Rome enfin, ce même art a reçu aussi des honneurs extraordinaires : je ne dis pas dans Rome débauchée, cl sous la licence des empereurs, mais dans Rome di.sciplinée, sous la sagesse des consuls, et dans le temps de la vigueur de la vertu romaine.
J'avoue qu'il y a eu des temps où la comédie s'est corrompue. Et qu'esl.«! que dans le monde on ne corrompt point tous les jours? Il n'y a chose si innocente où les hommes ne puissent porter du crime ; point d'art si salutaire dont ils ne soient capables de renverser les intentions ; rien de si bon en soi qu'ils ne puissent tourner à de mauvais usages. La médecine esl un art profitable, et chacun la révère comme une des plus excellentes choses (jue nous ayons; et cependant il y a eu des temps où elle s'est rendue odieuse, et souvent on en a fait un art d'empoisonner les hommes. La philosophie est un présent du ciel : elle nous a été donnée pour porter nos esprits à la connaissance d'un Dieu, par la contemplation des merveilles de la nature; el l>ouitanl on n'ignore pas que souvent on l'a délouraé-c de son emploi, cl qu'on l'a octupée publiipiemcnl à soutenir l'impiété. Les choses même les plus saintes ne sont pohit à couvert de la corruption des hommes ; cl nous voyons des scélérats qui tous les jours abusent de la piélé, et la font servir médiammenl aux crimes les plus grands. JUiis on ne laisse pas pour cela de faire les distinctions qu'il esl besoin de faire ; on n'enveloppe point dans une fausse conséquence la bonté des choses que l'on corrompt, avec la malice des corrupteurs : on sépare toujours le mauvais usage d'avec l'intention de l'art; el, comme on ne s'avi.st; point de défendre la médecine pour avoir été bannie de Rome, ni la philosophie pour avoir été condamnée publiquement dans Athènes, on ne doit i)oinl aussi vouloir interdiie la comédie pour avoii été censurée en de certains temps. Celte censure a eu ses raisons, qui ne subsistent point ici. Elle s'est renfermie dans ce qu'elle a pu voir; et nous ne devons point la tiier des bornes qu'elle s'est données, l'étendre plus loin qu'il ne faut, el lui faire embrasser rinnoci-nt avec le coupable. La comédie qu'elle a eu dessein d'attaquer n'est point du tout la comé<iic que nous voulons défendre. Il se faut bien garder de confondre celle-là avec celle-ci. Ce sont deux personnes de qui les moMirs sont tout à fait opposées. Elles n'ont aucun rapport l'une avec l'autre que la ressemblance du nom; el ce serait une injustice épouvantable que de vouloir condamner Olympe, qui est femme de bien, parce qu'il y a une Olympe qui a été une débauchée. De semblables arrêts, sans doute, feraient un grand désordre dans le monde. Il n'y aurait rien par là qui ne filt condamné; cl, puisque l'on ne garde point celle rigueur à tant de choses dont on abuse tous les jours, on doit bien faire la même grâce à la comédie, el approuver les pièces de tliéàlre où l'on verra régner rinstruclion cl rbonnêlelé.
Je sais qu'il y a des esprits dont la délicatesse ne peut souffrir aucune comédie; qui disent que les plus honnêtes sont les plus dangereuses, que les passions que l'on y dépeint sont d'autant plus louchantes qu'elles sont pleines de vertu , et que les Ames sont attendries par ces sortes de représentations. Je ne vois pas uuel giaud ci ime c'est que de