PLACETS AU ROÏ
«'atlendiir à la vue d'une passion lioiuiète; et c'est un haut étage de vertu que celte pleine inseusibililé où ils veulent faire monter notre âme. Je doute qu'une si grande perfection soit dans les forces de la nature humaine ; et je ne sais s'il n'est pas mieux de travailler à rectilier et adoucir les passions des hommes , que de vouloir les retrancher entièrement. J'avoue qu'il y a des lieux qu'il vaut mieux fréquenter que le théâtre ; et si l'on veut blâmer toutes les choses qui ne regardent pas directement Dieu et notre salut, il est certain que la comédie en doit être, et je ne trouve point mauvais qu'elle soit condamnée avec le reste : mais supposé, comme il est vrai, que les exercices de la piété souffrent des intervalles , et que les hommes aient besoin de divertissement , je soutiens qu'on ne leur en peut trouver un qui soit plus innocent que la comédie. Je me suis étendu trop loin. Finissons par un mot d'un grand prince ■ sur la comédie du Tartuffe.
Huit jours après qu'elle eut été défendue , on représenta devant la cour une pièce intitulée ScarumoticJw cnnite; et le roi, en sortant, dit au grand prince que je veux dire: " Je voudrais hien savoir pourquoi les gens qui se scandale lisent si fort de la comédie de Molière ne disent mot de « celle de Scarammiche P » à quoi le prince répondit : « La Il raison de cela , c'est que la comédie de Scarammcclie Il joue le ciel et la religion , dont ces messieurs-là ne se Il soucient point : mais celle de Molière les joue eux-mêmes; « c'est ce qu'ils ne peuvent soufùir. »