‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 682 sur 1284 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Ils ne manquent jamais de saisir promptement L'apparente lueur du moindre attachement. D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joie, Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croie . Des actions d'autrui, teintes de leurs couleurs. Us pensent dans le monde autoriser les leurs, Et , sous le faux espoir de quehjue ressemblance. Aux intrigues qu'ils ont donner de l'innocence. Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés De ce blâme public dont ils sont trop chargés.

MADAME PEESELLE.

Tous ces raisonnements ne font rien à l'affaire. On sait qu'Orante mène une vie exemplaire; Tous ses soins vont au ciel ; et j'ai su par des gens Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.

DORINE

L'exemple est admirable, et cette dame est bonne ! Il est vrai qu'elle vit en austère personne; Mais l'âge dans son âme a mis ce zèle ardent , Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant Tant qu'elle a pu des cœurs attirer les hommages. Elle a fort bien joui de tous ses avantages : Mais , voyant de ses yeux tous les brillants baisser. Au monde qui la quitte elle veut renoncer, Et du voile pompeux d'une haute sagesse De ses attraits usés déguiser la faiblesse. Ce sont là les retours des coquettes du temps : Il leur est dur de voir déserter les galants. Dans un tel abandon , leur sombre inquiétude Ne voit d'autre recours que le métier de prude ; Et la sévérité de ces femmes de bien Censure toute chose et ne pardonne à rien ; Hautement d'un chacun elles blâment la vie , Non point par charité , mais par un trait d'envie Qui ne saurait souffrir qu'une autre ait les plaisirs Dont le penchant de l'âge a sevré leurs désirs.

MADAME PERNELLE, à Elmire.

Voilà les contes bleus qu'il vous faut pour vous plaire IMa bru. L'on est chez vous contrainte de se taire : Car madame, à jaser, tient le dé tout le jour. !\Iais enfin je prétends discourir à mon tour : Je vous dis que mon fils n'a rien fait de plus sage Qu'en recueillant chez soi ce dévot personnage; Que le ciel au besoin l'a céans envoyé Pour redresser à tous votre esprit fourvoyé; Que , pour votre salut vous le devez entendre ; Et qu'il ne reprend rien qui ne soit à reprendre. Ces visites, ces bals , ces conversations, Sont du malin esprit toutes inventions.

Là jamais on n'entend de pieuses paroles ; Ce sont propos oisifs, chansons, et fariboles : Bien souvent le prochain en a sa bonne part , Et l'on y sait médire et du tiers et du quart. Enfin les sens sensés ont leurs tctcs troublées

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