LE TARTUFFE ACTE V, SCENE
Et VQMS voyez le prix dont sont payés mes soins.
Je recueille avec zèle un homme en sa misère ,
.le le loge et le tiens comme mon propre frère ;
De bienfaits chaque jour il est par moi chargé ;
Je lui donne ma fille et tout le bien que j'ai :
Et , dans le même temps , le perfide , l'infâme ,
Tente le noir dessein de suborner ma femme ;
Et , non content encor de ses lâches essais ,
Il m'ose menacer de mes propres bienfaits ,
Et veut , à ma ruine , user des avantages
Dont le viennent d'armer mes bontés trop peu sages ,
Me chasser de mes biens où je l'ai transfère ,
Et me réduire au point d'où je l'ai retiré!
DORINE
Le pauvre homme !
MADAME PEBNELLE.
Mon fils , je ne puis du tout croire Qu'il ait voulu commettre une action si noire.
OEGON.
(Comment !
MADAME PEBNELLE.
Les gens de bien sont enviés toujours.
OBGON.
Que voulez-vous donc dire avec votre discours , Ma mère ?
MADAME PEBNELLE.
Que chez vous on vit d'étrange sorte , Et qu'on ne sait que trop la haine qu'on lui porte.
oRgon.
Qu'a cette haine à faire avec ce qu'on vous dit .'
MADAME PEBNELLE.
Je vous l'ai dit cent fois quand vous étiez petit : La vertu dans le monde est toujours poursuivie, Les envieux mourront , mais non jamais l'envie.
ORGON
Mais que fait ce discours aux choses d'aujourd'hui .'
MADAME PEBNELLE.
On vous aura forgé cent sots contes de lui.
OBGON.
Je vous ai déjà dit que j'ai vu tout moi-même.
MADAME PEBNELLE.
Des esprits médisants la malice est extrême.
OBGON.
Vous me feriez damner, ma mère. Je vous di Que j'ai vu de mesyeax un crime si hardi.
MADAME PEBNELLE.
Les langues ont toujours du venin à répandre , Et rien n'est ici-bas qui s'en puisse défendre.
OBGON.
C'est tenir un propos de sens bien dépourvu. Je l'ai vu , dis-je , vu , de mes propres yeiLX vu , Ce qu'on appelle vu. Faut-il vous le rebattre .\ux oreilles cent fois, et crier comme quatre.'
MADAME PEBNELLE.
Mon Dieu ! le plus souvent l'apparence déçoit : Il ne faut pas toujours juger sur ce qu'on voit.
OROON.
J "enrage !
MADAME PEBNELLE.
Aux faux soupçons la nature est sujette, Et c'est souvent à mal que le bien s'interprète.
OBGON.
Je dois interpréter à charitable soin Le désir d'embrasser ma femme!
MADAME FERNELLE.
Il est besoin , Pour accuser les gens, d'avoir de justes causes; Et vous deviez attendre à vous voir stir des choses.
ORGON
Ile ! diantre ! le moyen de m'en assurer mieux ? Je devais donc, ma mère, attendre qu'à mes yeux Il eilt... Vous me feriez dire quelque sottise.
MADAME PEBNELLE.
Enfin d'un trop pur zèle on voit son âme éprise; Kt je ne puis du tout me mettre dans l'esprit Qu'il ait voulu tenter les choses que l'on dit.
OBGON.
Allez , je ne sais pas , si vous n'étiez ma mère , Ceque je vous dirais, tant je suis en colère.
DORINE, à OrgoH.
Juste retour, monsieur, des choses d'ici-bas : Vous ne vouliez point croire , et l'on ne vous croit pas
Nous perdons des moments en bagatelles pures , Qu'il faudrait employer à prendre des mesures. A ux menaces du fourbe on doit ne dormir point.
DAMIS
Quoi ! son effronterie irait jusqu'à ce point.'
ELMIBE.
Pour moi , je ne crois pas cette instance possible , Et son ingratitude est ici trop visible. CLÉANTE, à Orrjon.
Ne vous y fiez pas, il aura des ressorts Pour donner contre vous raison à ses efforts ; Et sur moins que cela le poids d'une cabale Embarrasse les gens dans un fâcheux dédale. Je vous le dis encore : armé de ce qu'il a , Vous ne deviez jamais le pousser jusque-là.,
OBGON.
Il est vrai ; mais qu'y faire? A l'orgueil de ce traîlr» De mes ressentiments je n'ai pas été maître.
CLÉANTE
Je voudrais de bon cœur qu'on piit entre vous deux De quelque ombre de paix raccommoder les nœuds.
ELMIBE.
Si j'avais su qu'en main il a de telles armes , Je n'aurais pas donné matière à tant d'alarmes ;
LE TARTL'l l'E, ACTE V, SCÈNE IV.
Et mes...
OiiGON , à Dorine, voyant entrer M. Loyal. Que veut cet homme ? Allez tôt le savoir. Je suis bien rn état que l'on me vienne voir!