ORGON, MADAME J'EUNELLE, ELMIRE
MARIAKE, CLÉ.VNTE, DAMIS,
DORLNE, M. LOYAL.
.M. i.ovAL, à Dorine, dans lefonddu théâtre. Bonjour, ma ehèresœur; faites, je vous supplie, Que je parle à monsieur.
DORINE
Il est en compagnie, Et je doute qu'il puisse à présent voir quelqu'un.
M. LOYAL
Je ne suis pas pour être en ces lieu,x importun. Mon abord n'aura rien , je crois , qui lui déplaise ; Et je viens pour un fait dont il sera bien aise.
DOBINE.
Votre nom ?
M. LOVAL.
Dites-lui seulement que je vien De la part de monsieur Tartuffe , pour son bien.
DORINE , à Orgon.
C'est un homme qui vient , avec douce manière. De la part de monsieur Tartuffe, pour affaire Dont vous serez , dit-il , bien aise.
CLÉANIE, à Orgon.
Il vous faut voir Ce que c'est que cet homme , et ce qu'il peut vouloir.
ORGON , à Cléante.
Pour nous raccommoder il vient ici peut-être : Quels sentiments aurai-je à lui faire paraître?
CLÉANTE
Votre ressentiment ne doit point éclater ; Et s'il parle d'accord , il le faut écouter.
M. LOYAL, à Orgon.
Salut, monsieur! Le ciel perde qui vous veut nuire. Et vous soit favorable autant que je désire!
OBGON, bas, à Cléante.
Ce doux début s'accorde avec mon jugement, Et présage déjà quelque accommodement.
M. LOYAL
Toute votre maison m'a toujours été chère. Et j'étais serviteur de monsieur votre père.
ORGON
Monsieur, j'ai grande honte et demande pardon D'être sans vous connaître ou savoir votre nom.
M. LOYAL
le m'appelle Loyal , natif de Normandie,
Et suis huissier à verge, en dépit de l'envie.
J'ai , depuis quarante ans, grâce au ciel , le bonheur
D'en exercer la charge avec beaucoup d'honneur; Et je vous viens , monsieur, avec votre licence , Signifier l'exploit de certaine ordonnance...
OBGO.N.
Quoi! vous êtes ici...
M. LOYAL
Monsieur, sans passion.
Ce n'est rien seulement qu'une sommation , Un ordre de vider d'ici , vous et les vôtres , Mettre vos meubles hors, et faire place à d'autres , Sans délai ni remise, ainsi que besoin est.
ORGON
Moi ! sortir de céans ?
M. LOYAL
Oui , monsieur, s'il vous plaît.
La maison à présent , comme savez de reste , Au bon monsieur Tartuffe appartient sans conteste. De vos biens désormais il est maître et seigneur. En vertu d'un contrat duquel je suis porteur. H est en bonne forme, et l'on n'y peut rien dire.
DAMIS, à V. Loyal.
Certes, cette impudence est grande, et je l'admire!
M. LOYAL, a Damis.
Monsieur, je ne dois point avoir affaire h vous ;
[montrant Orgon.) C'est à monsieur; il est et raisonnable et doux, Et d'un homme de bien il sait trop bien l'office, Pour se vouloir du tout opposer à justice.
OBGON.
Mais...
M. LOYAL
Oui , monsieur, je sais que pour un million Vous ne voudriez pas faire rébellion , Et que vous souffrirez en honnête personne Que j'exécute ici les ordres qu'on me donne.
Vous pourriez bien ici sur votre noir jupon. Monsieur l'huissier à verge, attirer le bâton.
M. LOYAL, o Orgon.
Faites que votre fds se taise ou se retire, .Monsieur. J'aurais regret d'être obligé d'écrire. Et de vous voir couché dans mon procès-verbal.
DOBIXE, à part.
Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal.
M. LOYAL
Pour tous les gens de bien j'ai de grandes tendresses,
Et ne me suis voulu , monsieur, charger des pièces
Que pour vous obliger et vous faire plaisir;
Que pour ôter par là le moyen d'en choisir
Qui , n'ayant pas pour vous le zèle qui me pousse
Auraient pu procéder d'une façon moins douce.
OBGON.
Et que peut-on de pis que d'ordonner aux gens De sortir de chez eux.'