LE TARTUFFE , ACTE V, SCÈNE VI
Mi
M. LOYAL
On vous donne du temps ; Et jusques à demain je ferai surséance A l'exécution , monsieur, de l'ordonnance. Je viendrai seulement passer ici la nuit Avec dix de mes gens , sans scandale et sans bruit. Pour la forme il faudra, s'il vous plaît, qu'on m'ap- Avant que se coucher, les clefs de votre porte. [porte. J'aurai soin de ne pas troubler votre repos , Et de ne rien souffrir qui ne soit à propos. Mais demain , du matin , il vous faut être habile A vider de céans jusqu'au moindre ustensile; Mes gens vous aideront, et je les ai pris forts Pour vous faire service à tout mettre dehors. On n'en peut pas user mieux que je fais , je pense ; Et comme je vous traite avec grande indulgence , Je vous conjure aussi , monsieur, d'en user bien , Et qu'au dû de ma charge on ne me trouble en rien.
OEGON, à part.
Du meilleur de mon cœur je donnerais, sur l'heure, Les cent plus beaux louis de ce qui me demeure , Et pouvoir, à plaisir, sur ce mufle assener Le plus grand coup de poing qui se puisse donner.
CLÉANTE, bas, à Orgon.
Laissez , ne gâtons rien.
DAMIS
A cette audace étrange Tai peine à me tenir, et la main me démange.
DORINE
Avec un si bon dos , ma foi ! monsieur Loyal , Quelques coups de bâton ne vous siéraient pas mal.
M. LOYAL
On pourrait bien punir ces paroles infâmes , Ma mie ; et l'on décrète aussi contre les femmes.
CLÉANTE, à M. Loyal.
Finissons tout cela , monsieur; c'en est assez. Donnez tôt ce papier, de grâce , et nous laissez.
M. LOYAL
Jusqu'au revoir. Le ciel vous tienne tous en joie !
Puisse-t-il te confondre , et celui qui t'envoie !