‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 736 sur 1284 · AMPHITRYON, ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

AMPHITRYON, ACTE I, SCÈNE III

Amphitryon , du carap, vers Alcmène sa femme M'a-l-il pas envoyé?

MEHCCHE.

Vous en avez menti.

Cest moi qu'Amphitryon députe vers Alcmène , Et qui du port Persique arrive de ce pas ; Moi , qui viens annoncer la valeur de son bras Qui nous fait remporter une victoire pleine, Et de nos ennemis a rais le chef à bas. C'est moi qui suis Sosie enfin , de certitude ,

Fils de Dave , honnête berger; Frère d'Arpage mort en pays étranger ;

arari de Cléanthis la prude ,

Dont l'humeur me fait enrager ; Qui dans Thèbe ai reçu mille coups d'étrivière ,

Sans en avoir jamais dit rien ; Et jadis en public fus marqué par derrière.

Pour être trop homme de bien.

SOSIE, bas, à part.

Il a raison. A moins d'être Sosie , On ne peut pas savoir tout ce qu'il dit ; Et , dans l'étonneinent dont mon âme est saisie , Je commence , à mon tour, à le croire un petit. En effet , maintenant que je le considère , Je vois qu'il a de moi , taille , mine , action.

Faisons-lui quelque question ,

Afin d'éclaircir ce mystère.

( Haut. ) Parmi tout le butin fait sur nos ennemis , Qu'est-ce qu'Amphitryon obtint pour son partage ?

MERCUBE.

Cinq fort gros diamants en nœud proprement mis , Dont leur chef se parait comme d'un rare ouvrage.

SOSIE

A qui destine-t-il un si riche présent ?

MERCURE

A sa femme ; et sur elle il le veut voir paraître.

SOSIE

Mais oii , pour l'apporter, est-il mis à présent ?

Dans un coffret scellé des armes de mon maître.

SOSIE, à part.

11 ne ment pas d'un mot h chaque repartie; Kt de moi je commence à douter tout de bon. Près de moi , par la force, il est déjà Sosie ; Il pourrait bien encor l'être par la raison. Pourtant , quand je me tàte et que je me rappelle ,

Il me semble que je suis moi.

Où puis-je rencontrer quelque clarté fidèle.

Pour démêler ce que je voi.' Ce que j'ai fait tout seul , et que n'a vu personne , A moins d'être moi-même , on ne le peut savoir. Par cette question il faut que je l'étonné; C'est de quoi le confondre , et nous allons le voir.

( Haut. ) Lorsqu'on était aux mains, que fis-tu dans nos tentes, Où tu courus seul te fourrer ?

MERCURE

D'un jambon...

SOSIE, bas , à part.

L'y voilà !

MERCURE

Que j'allai déterrer Je coupai bravement deux tranches succulentes ,

Dont je sus fort bien me bourrer.

Et , joignant à cela d'un vin que l'on ménage , Et dont , avant le goût , les yeux se contentaient , Je pris un peu de courage Pour nos gens qui se battaient.

SOSIE , bas, à part Cette preuve sans pareille En sa faveur conclut bien , Et l'on n'y peut dire rien.

S'il n'était dans la bouteille.

(Haut.) Je ne saurais nier, aux preuves qu'on m'expose, Que tu ne sois Sosie , et j'y donne ma voix. Mais, si tu l'es, dis-moi qui tu veux que je sois? Car encor faut-il bien que je sois quelque chose.

MERCURE

Quand je ne serai plus Sosie , Sois-le , j'en demeure d'accord ; Mais , tant que je le suis , je te garantis mort , Si tu prends cette fantaisie.

SOSIE

Tout cet embarras met mon esprit sur les dents ,

Et la raison à ce qu'on voit s'oppose. Mais il faut terminer enfin par quelque chose ; Et le plus court pour moi , c'est d'entrer là dedans.

MERCURE

Ah ! tu prends donc , pendard , goût à la bastonnade ?

SOSIE , battu par Mercure.

Ah ! qu'est-ce ci ? grands dieux ! il frappe un ton plus Et mon dos pour un mois en doit être malade, [fort , Laissons ce diable d'homme, et retournons au port. O juste ciel ! j'ai fait une belle ambassade !

MERCURE, seu/.

Enfin je l'ai fait fuir ; et, sous ce traitement , De beaucoup d'actions il a reçu la peine; Mais je vois Jupiter, que fort civilement Reconduit l'amoureuse Alcmène.

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