AMPHITRYON, ACTE I, SCÈNE III
Amphitryon , du carap, vers Alcmène sa femme M'a-l-il pas envoyé?
MEHCCHE.
Vous en avez menti.
Cest moi qu'Amphitryon députe vers Alcmène , Et qui du port Persique arrive de ce pas ; Moi , qui viens annoncer la valeur de son bras Qui nous fait remporter une victoire pleine, Et de nos ennemis a rais le chef à bas. C'est moi qui suis Sosie enfin , de certitude ,
Fils de Dave , honnête berger; Frère d'Arpage mort en pays étranger ;
arari de Cléanthis la prude ,
Dont l'humeur me fait enrager ; Qui dans Thèbe ai reçu mille coups d'étrivière ,
Sans en avoir jamais dit rien ; Et jadis en public fus marqué par derrière.
Pour être trop homme de bien.
SOSIE, bas, à part.
Il a raison. A moins d'être Sosie , On ne peut pas savoir tout ce qu'il dit ; Et , dans l'étonneinent dont mon âme est saisie , Je commence , à mon tour, à le croire un petit. En effet , maintenant que je le considère , Je vois qu'il a de moi , taille , mine , action.
Faisons-lui quelque question ,
Afin d'éclaircir ce mystère.
( Haut. ) Parmi tout le butin fait sur nos ennemis , Qu'est-ce qu'Amphitryon obtint pour son partage ?
MERCUBE.
Cinq fort gros diamants en nœud proprement mis , Dont leur chef se parait comme d'un rare ouvrage.
SOSIE
A qui destine-t-il un si riche présent ?
MERCURE
A sa femme ; et sur elle il le veut voir paraître.
SOSIE
Mais oii , pour l'apporter, est-il mis à présent ?
Dans un coffret scellé des armes de mon maître.
SOSIE, à part.
11 ne ment pas d'un mot h chaque repartie; Kt de moi je commence à douter tout de bon. Près de moi , par la force, il est déjà Sosie ; Il pourrait bien encor l'être par la raison. Pourtant , quand je me tàte et que je me rappelle ,
Il me semble que je suis moi.
Où puis-je rencontrer quelque clarté fidèle.
Pour démêler ce que je voi.' Ce que j'ai fait tout seul , et que n'a vu personne , A moins d'être moi-même , on ne le peut savoir. Par cette question il faut que je l'étonné; C'est de quoi le confondre , et nous allons le voir.
( Haut. ) Lorsqu'on était aux mains, que fis-tu dans nos tentes, Où tu courus seul te fourrer ?
MERCURE
D'un jambon...
SOSIE, bas , à part.
L'y voilà !
MERCURE
Que j'allai déterrer Je coupai bravement deux tranches succulentes ,
Dont je sus fort bien me bourrer.
Et , joignant à cela d'un vin que l'on ménage , Et dont , avant le goût , les yeux se contentaient , Je pris un peu de courage Pour nos gens qui se battaient.
SOSIE , bas, à part Cette preuve sans pareille En sa faveur conclut bien , Et l'on n'y peut dire rien.
S'il n'était dans la bouteille.
(Haut.) Je ne saurais nier, aux preuves qu'on m'expose, Que tu ne sois Sosie , et j'y donne ma voix. Mais, si tu l'es, dis-moi qui tu veux que je sois? Car encor faut-il bien que je sois quelque chose.
MERCURE
Quand je ne serai plus Sosie , Sois-le , j'en demeure d'accord ; Mais , tant que je le suis , je te garantis mort , Si tu prends cette fantaisie.
SOSIE
Tout cet embarras met mon esprit sur les dents ,
Et la raison à ce qu'on voit s'oppose. Mais il faut terminer enfin par quelque chose ; Et le plus court pour moi , c'est d'entrer là dedans.
MERCURE
Ah ! tu prends donc , pendard , goût à la bastonnade ?
SOSIE , battu par Mercure.
Ah ! qu'est-ce ci ? grands dieux ! il frappe un ton plus Et mon dos pour un mois en doit être malade, [fort , Laissons ce diable d'homme, et retournons au port. O juste ciel ! j'ai fait une belle ambassade !
MERCURE, seu/.
Enfin je l'ai fait fuir ; et, sous ce traitement , De beaucoup d'actions il a reçu la peine; Mais je vois Jupiter, que fort civilement Reconduit l'amoureuse Alcmène.