‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 762 sur 1284 · MERCURE, SOSIE · texte numérisé non relu

MERCURE, SOSIE

UEBCUBE.

Arrête. Quoi ! tu viens ici mettre ton nez, Impudent llaireur de cuisine!

SOSIE

Ah ! de grâce , tout doux !

MEBCURE.

Ah! vous y retournez!

Je vous ajusterai l'échiné.

SOSIE

Hélas! brave et généreux moi, Modère-toi , je t'en supplie.

Sosie, épargne un peu Sosie, Et ne te plais point tant à frapper dessus toi.

MERCURE

Qui de t'appeler de ce nom

A pu te donner la licence ?

Ne t'en ai-je pas fait une expresse défense, Sous peine d'essuyer raille coups de bâton ?

C'est un nom que tous deux nous pouvons à la fois

Posséder sous un même maître.

Pour Sosie en tous lieux on sait me reconnaître;

Je souffre bien que tu le sois ,

Souffre aussi que je le puisse être.

Laissons aux deux Ampliitryons

Faire éclater des jalousies ;

Et, parmi leurs contentions.

Faisons en bonne paix vivre les deux Sosies.

MEBCURE.

Non, c'est assez d'un seul ; et je suis obstiné A ne point souffrir de partage.

SOSIE

Du pas devant sur moi tu prendras l'avantage; Je serai le cadet, et tu seras l'ainé.

MERCURE

Non! un frère incommode, et n'est pas de mon gortt, Et je veux être fils unique.

SOSIE

0 cœur barbare et tyrannique !

Souffre qu'au moins je sois ton ombre.

MERCDBE.

Point du tout.

AMPHITRYON, AC

Que (l'un peu de pitié ton âme s'humanise ! En cette qualité souffre-moi près de toi : Je te serai partout une ombre si soumise, Que tu seras content de moi.

MEBCUKE.

Point de quartier ; immuable est la loi. Si d'entrer là dedans tu prends encor l'audace , Mille coups en seront le fruit.

SOSIE

Las ! à quelle étrange disgrâce , Pauvre Sosie, es-tu réduit!

meucuke.

Quoi! ta bouche se licencie A te donner encore un nom que je défends !

SOSIE

Non, ce n'est pas moi que j'entends; Et je parle d'un vieu.x Sosie Qui fut jadis de mes parents , Qu'avec très-grande barbarie, A l'heure du dîner, l'on chassa de céans.

MEIiCUKE.

Prends garde de tomber dans cette frénésie , Si tu veux demeurer au nombre des vivants.

SOSIE , à part.

Que je te rosserais , si j'avais du courage , Double fils de putain , de trop d'orgueil enflé !

MERCURE

Que dis-tu?

SOSIE

Rien.

Tu tiens, je crois, quelque langage.

SOSIE

Demandez , je n'ai pas soufflé.

MERCURE

Certain mot de fils de putain A pourtant frappé mon oreille.

Il n'est rien de plus certain.

SOSIE

C'est donc un perroquet , que le beau temps réveille.

MERCURE

Adieu. Lorsque le dos pourra te démanger,

Voilà l'endroit où je demeure.

SOSIE , seul.

O ciel ! que l'heure de manger, Pour être mis dehors , est une maudite heure ! Allons, cédons au sort dans notre afiliction. Suivons-en aujourd'hui l'aveugle fantaisie ;

Et par une juste union ,

Joignons le malheureux Sosie

Au maliieureux Amphitryon.

Je l'aperçois venir en bonne compagnie.

uoi.ttne.

IK III, SCÈNE VllI.

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