‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 803 sur 1284 · HARPAGON, MARIANE, ÉLISE, CLÉANTE, VALÈRE, FROSINE, BRINDAVOINE · texte numérisé non relu

HARPAGON, MARIANE, ÉLISE, CLÉANTE, VALÈRE, FROSINE, BRINDAVOINE

Voici mon fils aussi , qui vous vient faire la révérence.

MARIANE, bas, à Frosine.

Ah! Frosine, quelle rencontre! c'est justement celui dont je t'ai parlé.

FROSINE, à Mariane.

L'aventure est merveilleuse.

HARPAGON

Je vois ((ue vous vous étonnez de me voir de si grands enfants ; mais je serai bientôt défait et de l'an et de l'autre.

CLÉANTE, à Mariane.

Aladame , à vous dire le vrai , c'est ici une aventure où, sans doute, je ne m'attendais pas; et mon

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père ne m'a pas peu surpris, lorsqu'il m'a dit tantôt le dessein qu'il avait formé.

MAHIjVNE.

Je puis dire la même chose. C'est une rencontre imprévue, qui m'a surprise autant que vous; et je n'étais point préparée à une pareille aventure.

CLÉANTE

Il est vrai que mon père, madame, ne peut pas faire un plus beau choix , et que ce m'est une sensible joie que l'honneur de vous voir ; mais , avec tout cela, je ne vous assurerai pas que je me réjouis du dessein oii vous pourriez être de devenir ma bellemère. Le compliment, je vous l'avoue, est trop diflicile pour moi; et c'est un titre, s'il vous plaît, que je ne vous souhaite point. Ce discours paraîtra brutal aux yeux de quelques-uns; mais je suis assuré que vous serez personne à le prendre comme il faudra ; que c'est un mariage , madame , où vous vous imaginez bien que je dois avoir de la répugnance ; que vous n'ignorez pas , sachant ce que je suis , comme il choque mes intérêts ; et que vous voulez bien enfln que je vous dise, avec la permission de mon père, que, si les choses dépendaient de moi, cet hymen ne se ferait point.

HARPAGON

Voilà un compliment bien impertinent ! Quelle belle confession à lui faire !

MARIANE

Et moi , pour vous répondre , j'ai à vous dire que les choses sont fort égales; et que, si vous auriez de la répugnance à me voir votre belle-mère, je n'en aurais pas moins , sans doute , à vous voir mon beaufils. Ne croyez pas, je vous prie, que ce soit moi qui cherche à vous donner cette inquiétude. Je serais fort fâchée de vous causer du déplaisir, et si je ne m'y vois forcée par une puissance absolue , je vous donne ma parole que je ne consentirai point au mariage qui vous chagrine.

HAKPA&ON.

Elle a raison. A sot compliment , il faut une réponse de même. Je vous demande pardon , ma belle , de l'impertinence de mon fils ; c'est un jeune sot qui ne sait pas encore la conséquence des paroles qu'il dit.

MABIANE.

Je vous promets que ce qu'il m'a dit ne m'a point du tout offensée; au contraire, il m'a fait plaisir de m'expliquer ainsi ses véritables sentiments. J'aime de lui un aveu de la sorte; et s'il avait parlé d'autre façon, je l'en estimerais bien moins.

C'est beaucoup de bonté à vous, de vouloir ainsi excuser ses fautes. Le temps le rendra plus sage, et vous verrez qif il changera de sentiments

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