L'AVARE, ACTE III, SCENE XH
CLEANTE.
Non, mon père, je ne suis point capable d'en changer , et je prie instamment madame de le croire.
nAHPAGON.
niais voyez quelle extravagance ! il continue encore plus fort.
CLÉA.ME.
Voulez-vous que je trahisse mon cœur ?
HARPAGON
Eucore ! avez-vous euvie de changer de discours ?
CLÉANTE
Eh bien! puisque vous voulez que je parle d'autre façon , souffrez , madame , que je me mette ici à la place de mon père, et que je vous avoue que je n'ai rien vu dans le monde de si charmant que vous; que je ne conçois rien d'égal au bonheur de vous plaire, et que le titre de votre époux est une gloire , une félicité que je préférerais aux destinées des plus grands princes de la terre. Oui, madame, le bonheur de vous posséder est, à mes regards, la plus belle de toutes les fortunes; c'est où j'attache toute mon ambition. Il n'y a rien que je ne sois capable de faire pour une conquête si précieuse; et les obstacles les plus puissants...
Doucement, mon fils, s'il vous plaît.
CLEANTE.
C'est un compliment que je fais pour vous à madame.
HARPAGON
Mon Dieu ! j'ai une langue pour m'expliquer moimême, et je n'ai pas besoin d'un procureur comme vous. Allons, donnez des sièges.
FROSINE
Non ; il vaut mieux que , de ce pas , nous allions à la foire, afin d'en revenir plus tôt, et d'avoir tout le temps ensuite de nous entretenir.
HARPAGON, à Brindavoine.
Qu'on mette donc les chevaux au carrosse.