‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 809 sur 1284 · L AVARE, ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

L AVARE, ACTE IV, SCÈNE III

iiiciit cil tout bien et en tout honneur. Que pourrions-nous faire à ceci ?

CLÉANTE

Songe un peu , je te prie.

MARIANE

Ouvre-nous des lumières.

ÉLISE

Trouve quelque invention pour rompre ce que tu as fait.

FHOSINE.

Ceci est assez difficile. ( à Mariane. ) Pour votre mère , elle n'est pas tout à fait déraisonnable , et peut-être pourrait-on la gagner et la résoudre à transporter au fils le don qu'elle veut faire au père. (à Cléante.) Mais le mal que j'y trouve, c'est que votre père est votre père.

CLÉANTE

Cela s'entend.

FBOSINE.

Je veux dire qu'il conservera du dépit si l'on montre qu'on le refuse , et qu'il ne sera point d'humeur ensuite à donner son consentement à votre mariage. Il faudrait, pour bien faire , que le refus vînt de lui-même , et tâcher, par quelque moyen , de le dégoûter de votre personne.

CLÉANTE

Tu as raison.

FROSINE

Oui, j'ai raison; je le sais bien.' C'est là ce qu'il faudrait ; mais le diantre ' est d'en pouvoir trouver les moyens. Attendez : si nous avions quelque femme un peu sur l'âge qui fût de mon talent , et jouât assez bien pour contrefaire une dame de qualité, par le moyen d'un train fait à la hâte, et d'un bizarre nom de marquise ou de vicomtesse , que nous supposerions de la basse Bretagne, j'aurais assez d'adresse pour faire accroire à votre père que ce serait une personne riche, outre ses maisons , de cent mille écus en argent comptant ; qu'elle serait éperdument amoureuse de lui , et souhaiterait de se voir sa femme , jusqu'à lui donner tout son bien par contrat de mariage; et je ne doute point qu'il ne prêtât l'oreille à la proposition. Car enfin , il vous aime fort , je le sais , mais il aime un peu plus l'argent ; et quand , ébloui de ce leurre, il aur-ait une fois consenti à ce qui vous touche, il importe'-ait peu ensuite qu'il se désabusât, en venant à vouloir voir clair aux effets de notre marquise.

CLÉANTE

Tout cela est fort bien pensé.

' Suivant Ménage, cette expression a été imaginée pour éviter de se servir du mot diable, ilolière n'est pas le seul qui ait employé ce mot dans ce sens ; longtemps avant lui, Rabelais avait dit, Créattirt'du f/rand vilain diantre d'en/er (Liv. III, cil. III.)

Laissez-moi faire. Je viens de me ressouvenir d'une de mes amies qui sera notre fait.

CLÉANTE

Sois assurée , Frosine , de ma reconnaissance , si tu viens à bout de la chose. Mais, charmante Mariane, commençons , je vous prie , par gagner votre mère ; c'est toujours beaucoup faire que de rompre ce mariage. Faites-y de votre part, je vous en conjure, tous les efforts qu'il vous sera possible. Servez-vous de tout le pouvoir que vous donne sur elle cette amitié qu'elle a pour vous. Déployez sans réserve les grâces éloquentes , les charmes tout-puissants que le ciel a placés dans vos yeiLX et dans votre bouche; et n'oubliez rien , s'il vous plaît , de ces tendres paroles , de ces douces prières , et de ces caresses touchantes, à qui I je suis persuadé qu'on ne saurait rien refuser.

MARIANE

J'y ferai tout ce que je puis, et n'oublierai aucune chose.

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