‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 808 sur 1284 · CLÉANTE, MARIA NE, ÉLISE, FROSINE · texte numérisé non relu

CLÉANTE, MARIA NE, ÉLISE, FROSINE

CLÉANTE

Rentrons ici ; nous serons beaucoup mieux. Il n'y a plus autour de nous personne de suspect , et nous pouvons parler librement.

ÉLISE

Oui, madame, mon fi-ère m'a fait confidence de la passion qu'il a pour vous. Je sais les chagrins et les déplaisirs que sont capables de causer de pareilles traverses; et c'est, je vous assure, avec une tendresse extrême que je m'intéresse à votre aventure.

MARIANE

C'est une douce consolation que de voir dans se .< intérêts une personne rnnime vous; et je vous con-

jure , madame , de me garder toujours celle Réniv reuse amitié, si capable de m'adoucir les cruautés dé la fortune.

FROSINE

Vous êtes , par ma foi , de malheureuses gens l'un et l'autre , de ne m'avoir point , avant tout ceci , avertie de votre affaire. Je vous aurais, sans doute, détourné cette inquiétude , et n'aurais point amené les choses où l'on voit qu'elles sont.

CLÉANTE

Que veux-tu? C'est ma mauvaise destinée qui l'a voulu ainsi. Mais, belle Mariane, quelles résolutions sont les vôtres?

MARIANE

Hélas ! suis-je en pouvoir de faire des résolutions? Et , dans la dépendance où je me vois , puis-je former que des souhaits ?

CLÉANTE

Point d'autre appui pour moi dans votre cœur que de simples souhaits? Point de pitié officieuse? Point de secourable bonté? Point d'affection agissante?

MARIANE

Que saurais-je vous dire? Mettez-vous en ma place, et voyez ce que je puis faire. Avisez, ordonnez vous-même : je m'en remets à vous; et je vous crois trop raisonnable pour vouloir exiger de moi que ce qui peut m'être permis par l'honneur et la bienséance.

CLÉANTE

Hélas! où me réduisez-vous, que de me renvoyer à ce que voudront me permettre les fâcheux sentiments d'un rigoureux honneur et d'une scrupuleuse bienséance?

MARIANE

Mais que voulez-vous que je fasse? Quand je pourrais passer sur quantité d'égards où notre sexe est obligé , j'ai de la considération pour ma mère. Elle m'a toujours élevée avec une tendresse extrême , etje ne saurais me résoudre à lui donner du déplaisir. Faites, agissez auprès d'elle; employez tous vos soins à gagner son esprit. Vous pouvez faire et dire tout ce que vous voudrez; je vous en donne la licence: et s'il ne tient qu'à me déclarer en votre faveur, je veux bien consentir à lui faire un aveu, moi-même, de tout ce que je sens pour vous.

CLÉANTE

Frosine, ma pauvre Frosine, voudrais-tu nous servir?

Par ma foi, faut-il le demander? je le voudrais de tout mon cœur. Vous savez que , de mon naturel , je suis assez humaine. Le ciel ne m'a point fait Tàme do bronze, et je n'ai que trop de tendresse à rendre de petits services, quand je vois des gens qui s'entr'ai-

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