‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 816 sur 1284 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CLÉAKTE, LA FLÈCHE.

LA FLÈCHE, Sortant du jardin, avec une cassette. Ah ! monsieur, que je vous trouve à propos ! Suivez-moi vite.

CLÉA.NTE.

Qu"y a-t-il.'

LA FLÈCHE

Suivez-moi , vous dis-je : nous sommes bien.

CLEASTE.

Comment .'

LA FLÈCHE

Voici votre affaire.

CLÉAME.

Quoi.'

LA FLÈCHE

J'ai guigné ceci tout le jour.

CLÉANTE

Qu'est-ce que c'est.'

LA FLÈCHE

Le trésor de votre père que j'ai attrapé.

CLÉAME.

Comment as-tu fait?

LA. FLÈCHE

Vous saurez tout. Sauvons-nous ; je l'entends crier.

HARPAGON' , criant au voleur des le jardin.

Au voleur! au voleur! à l'assassin! au meurtrier! Justice, juste ciel! je suis perdu, je suis assassiné; on m"a coupé la gorge : on m'a dérobé mou argent. Qui peut-ce être.' Qu'est-il devenu? Ou est-il? Où

NOUER t.

se cache-t-il? Que ferai-je pour le trouver? Où courir? Où ne pas courir? N'est-il point là? NVst-il point ici? Qui est-ce ? .\rrête. (a lui-même, se pre-. liant par le bras.]Tiends-ïnoi mon argent, coquiu..- Ah! c'est moi! Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis , qui je suis , et ce que je fais. Hélas ! mon pauvre argent! mon pauvre argent! mon cher ami! on m'a privé de toi; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie : tout est fini pour moi , et je n'ai plus que faire au monde. Sans toi , il m'est impossible de vivre. C'en est fait ; je n'en puis plus ; je me meurs ; je suis mort ; je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent , ou en m'apprenant qui l'a pris? Euh! que dites-vous? Ce n'est personne. II faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice. et faire donner la question a toute ma maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Hé ! de quoi est-ce qu'on parle là? de celui qui m'a dérobé? Quel bruit fait-on làhaut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce , si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous? Hs me regardent tous , et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part, sans doute, au vol que l'on m'a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gènes, des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde; et si je ne retrouve mon argent , je me pendrai moi-même après.

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