‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 820 sur 1284 · HARPAGON, LE COMMISSAIRE, VALÈRE, MAITRE JACQUES · texte numérisé non relu

HARPAGON, LE COMMISSAIRE, VALÈRE, MAITRE JACQUES

HARPAGON

Approche, viens confesser l'action la plus noire, l'attentat le plus horrible qui jamais ait été commis.

Que voulez-vous , monsieur?

HARPAGON

Comment, traître! tu ne rougis pas de ton crime?

VALÈRE

De quel crime voulez-vous donc parler ?

HARPAGON

De quel crime je veux parler, infâme! comme si tu ne savais pas ce que je veux dire! C'est en vain que tu prétendrais de le déguiser; l'affaire est découverte, et l'on vient de m'apprendre tout. Comment abuser ainsi de ma bonté , et s'introduire exprès chez moi pour me traliir, pour me jouer un tour de cette nature?

VALÈRE

Monsieur, puisqu'on vous a découvert tout, je ne veux point chercher de détours, et vous nier la chose.

MAÎTBE JACQUES, à part.

Oh! oh! aurais-je deviné sans y penser?

VALÈBE.

C'était mon dessein de vous en parler, et je voulais attendre, pour cela, des conjectures favorables; mais , puisqu'il est ainsi , je vous conjure de ne vous point fâcher, et de vouloir entendre meViaisons.

L'AVARi:, ACTli V, SCÈNE lll.

HAEl'AC.ON.

M (juulles IkIIcs raisons peux-tu me donner, voli'iu' iiiWiiie?

VALÈRK.

Ail! monsieur, je n"ai pas mérité ces noms. Il est vrai que j'ai commis une offense envers vous; mais après tout, ma faute est pardonnable.

HARPAGON

Comment! pardonnable? Un guet-apens, un assassinat de la sorte.'

VALÎjnK.

De gr.Aee, ne vous mettez point en colère. Quand vous m'aurez ouï , vous verrez que le mal n'est pas si grand que vous le faites.

HARP.iOON.

I.c mal n'est pas si grand que je le fais! Quoi! mon sang, mes entrailles, pendard!

YALÈRE.

Votre sang, monsieur, n'est pas tombé dans de mauvaises mains. Je suis d'une condition à ne lui point faire de tort ; et il n'y a rien , en tout ceci , q;ie je ne puisse bien réparer.

HARPAOON.

C'est bien mon intention, et que tu me restitues ce que tu m'as ravi.

VALF.RE.

Votre honneur, monsieur, sera pleinement salisfait.

Il n'est pas question d'honneur là dedans, ^lais . dis- moi, qui t'a porté à cette action?

VALÈRE

llélas ! me le demandez-vous ?

HARPAGON

Oui vraiment, je te le demande.

VALÈRE

Un dieu (jui porte les excuses de tout ce (pi'il fait faire, l'Amour.

HARPAGON

L'Amour?

VALÈRE

Oui.

HARPAGON

I!fl amour, bel amour, ma foi! l'amour de mes louis d'or!

VALÈRE

Non monsieur, ce ne sont point vos richesses qui m'ont tenté, ce n'est pas cela qui m'a ébloui; et je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu qLie vous me laissiez celui que j'ai.

HARPAGON'

Non ferai , de par tous les diables ; je ne te le laisserai pas. Mais voyez quelle insolence, de vouloir retenir le vol qu'il m'a fait!

Appelez- vous cela un vol?

HARPAGON

Si je l'appelle un vol ? un trésor comme celui-là!

VALERE

C'est un trésor, il est vrai , et le plus précieux que vous ayez, sans doute; mais ce ne sera pas le perdre que de me le laisser. .le vous le demande à genoux, ce trésor plein de charmes; et pour bien faire, il faut que vous me l'accordiez.

HARPAGON

Je n'en ferai rien. Qu'est-ce à dire cela?

VALÈRE

Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait serment de ne nous point abandonner.

HARPAGON

Le serment est admirable, et la promesse plaisante.

VALÈRE

Oui, nous nous sommes engagés d'être l'un h l'autre à jamais.

HARPAGON

Je vous en empêcherai bien, je vous assure.

VALÈRE

Kien que la mort ne nous peut séparer.

C'est être bien endiablé après mon argent!

VALÈRE

Je vous ai déjà dit, monsieur, que ce n'était point l'intérêt qui m'avait poussé à faire ce que j'ai fait. Mon cœur n'a point agi par les ressorts que vous [lensez , et un motif plus noble m'a inspiré cette résolution.

HARPAGON

Vous verrez que c'est par charité chrétienne qu'il veut avoir mon bien ! Mais j'y donnerai bon ordre; et la justice, pendard effronté, me va faire raison de tout.

VALÈRE

Vous en userez comme vous voudrez, et me voilà prêt à souffrir toutes les violences qu'il vous plaira ; mais je vous prie de croire, au moins, que , s'il y a du mal , ce n'est que moi qu'il en faut accuser, et que votre fille, en tout ceci , n'est aucunement coupable.

HARPAGON

Je le crois bien , vraiment ! il serait fort étrange (|ue ma lille eiU trempé dans ce crime. Mais je veux ravoir mon affaire, et que tu me confesses en quel endroit lu me l'as enlevée.

VALÈRE

Moi? je ne l'ai point enlevée; et elle est encore

chez vous.

HARPAGON, à part.

O ma chère cassette ! {hait/.) Elle n'est point sortie . de ma maison?

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