SCENE PREMIERE
GEORGE DANDIN
Ah! qu'une femme demoiselle' est une étrange iilTaire! et que mon mariage est une leron bien parlante à tous les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition, et s'allier, comme j'ai fait, à la
" Dandin est dit de celui qui baye ( regarde ) çà et là par sottise et badaudise, sans avoir contenance arrestee : inep/iis insipidiis; et dandiner, user de telle badaudise, înc/i/fre. ( Ni- COT. ) Etienne Pasquier dérive ce mot du terme factice dindan , parce que la marche d'un dandin représente assez bien le mouvement des cloches. Rabelais est, je crois, le premier qui ait fait un nom propre de ce mot si expressif de noire vieille langue. Il a été successivemeni imité par Racine , Molière , et la Fontaine.
' Damoiselle , c'est proprement , et selon l'usage ancien du mot, une ijentiUe femme , et est le féminin de dnmoiscl, (|ui signllialtgenlilhomme. ( NicoT. ) Ce titre se donnait aux femmes mariées, nées de parents nobles.
maison d'un gentilhomme ! La noblesse , de soi , est bonne; c'est une chose considérable, assurément : mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances , qu'il est très-bon de ne s'y point frotter. Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens, et connais le style des nobles, lorsqu'ils nous font, nous autres , entrer dans leur famille. L'alliance qu'ils font est petite avec nos personnes : c'est notre bien seul qu'ils épousent ; et j'aurais bien mieux fait , tout riche que je suis, de m'allier en bonne et franche paysannerie, que de prendre une femme qui se tient au-dessus de moi , s'offense de porter mon nom , et pense qu'avec tout mon bien je n'ai pas acheté la qualité de son mari. George Dandin! George Dandin! vous avez fait une sottise, la plus grande du monde. Ma maison m'est effroyable maintenant , et je n'y rentre point sans y trouver quelque chagrin.