‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 829 sur 1284 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

GEORGE DANDIN, LUBIN

GEORGE DANDIN, à part , voyant sortir Lubiit de

chez lui.

Que diantre ce drôle-là vient-il faire chez moi ?

LUBIN, àpart, apercevant George Dandin.

A'oilà un homme qui me regarde.

GEORGE DANDIN, à part.

11 ne me connaît pas.

LUBIN, àpart.

Il se doute de quelque chose.

GEORGE DANDIN, à part.

Ouais! il a grand' peine à saluer.

LUBIN, à part.

J'ai peur qu'il n'aille dire qu'il m'a vu sortir de là dedans.

GEORGE DANDIN

rxMiimir.

GEORGE DANDIiN, ACTE I, SCÈiNE H.

LUBIN

Serviteur.

r.EOBGE D\NDIN.

Vous n'ôtes pas d'ici , que je crois ?

LUBIN

Non : je n'y suis venu que pour voir la fête de demain.

GEOBGE DANDIN.

Ilfi! dites-moi un peu, s'il vous plaît : vous venez de là dedans?

LUBIN

Chut!

Comment.'

LUBIN

Paix!

GEORGE DANDIN

Quoi donc ?

LUBIN

Blotus ! Il ne faut pas dire que vous m'ayez vu sortir de là.

GEOBGE DANDIN.

Pourquoi .'

LUBIN

Mon Dieu! parce...

GEOBGE DANDIN.

Mais encore ?

LUBIN

Doucement. J'ai peur qu'on ne nous écoute.

GEOBGE DANDIN.

Point, point.

LUBIN

C'est que je viens de parler à la maîtresse du logis, de la part d'un certain monsieur qui lui fait les doux yeux; et il ne faut pas qu'on sache cela. Entendez-vous?

LUBIN

Voilà la raison. On m'a enchargé de prendre garde que personne ne me vît; et je vous prie, au moins, de ne pas dire que vous m'ayez vu.

GEORGE DANDIN

Je n'ai garde.

HIBIN.

Je suis hien aise de faire les choses secrètement, comme on m'a reconmiandé.

GEORGE DANDIN

C'est bien fait.

LUBIN

Le mari, à ce qu'ils disent, est un jaloux qui ne veut pas qu'on fasse l'amour à sa femmt'; et il ferait le diable à quatre, si cela venait à ses oreilles. Vous comprenez bien?

GEOBGE DANDIN.

Fort bien.

LUBIN

Il ne faut pas qu'il sache rien de tout ceci.

CEOnCE DANDIN.

Sans doute.

LUBIN

On le veut tromper tout doucement. Vous entendez bleu?

CKOBGE DANDIN.

Le mieux du monde.

LUBIN

Si vous alliez dire que vous m'avez vu sortir de chez lui, vous gâteriez toute l'affaire. Vous comprenez bien?

GEOBGE DANDIN.

Assurément. Hé! comment nommez- vous celui

qui vous a envoyé là dedans ?

LUBIN

C'est le seigneur de notre pays, monsieur le vicomte de chose... Foin! je ne me souviens jamais comment diantre ils baragouinent ce nom-là. Monsieur Cli... Clitandre.

GEORGE DANDIN

Est-ce ce jeune courtisan qui demeure...?

LUBIN

Oui ; auprès de ces arbres.

GEOBGE DANDIN , à pOr<.

C'est pour cela que depuis peu ce damoiseau poli s'est venu loger contre moi. J'avais bon nez, sans doute ; et son voisinage déjà m'avait donné quelque soupçon.

LUBIN

Tétigué ! c'est le plus honnête homme que vous ayez jamais vu. II m'a donné trois pièces d'or pour aller dire seulement à la femme qu'il est amoureux d'elle, et qu'il souhaite fort l'honneur de pouvoir lui parler. Voyez s'il y a là une grande fatigue, pour me payer si bien; et ce qu'est , au prix de cela, une journée de travail , oîi je ne gagne que dix sous !

GEORGE DANDIN

Eh bien ! avez-vous fait votre message?

LUBIN

Oui. J'ai trouvé là dedans une certaine Claudine,

qui , tout du premier coup , a compris ce que je voulais, et qui m'a fait parier à sa maîtresse.

GEORGE DANDIN, O par/.

Ah ! coquine de servante !

LUBIN

Morguienne! cette Claudine-là est tout à tait jolie : elle a gagné mon amitié, et il ne tiendra qu'à elle que nous ne soyons mariés ensemble.

GEORGE DANDIN

ÏMais quelle réponse a faite la maîtresse à ce monsieur le courtisan?

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