‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 833 sur 1284 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

d'être issue; maison où le ventre anoblit, et qui, par ce beau privilège, rendra vos enfants geolilsliommes ?

GEOBGE DANDIN.

Oui, voilà qui est bien, mes enfants seront gentilshommes; mais je serai cocu, moi, si Ton n'y met ordre.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Que veut dire cela , mon gendre ?

GEORGE DANDIN

Cela veut dire que votre fille ne vit pas comme il faut qu'une femme vive, et qu'elle fait des choses qui

sont contre l'honneur.

MADAME DE SOTENVILLE.

Tout beau ! Prenez garde à ce que vous dites. Ma fille est d'une race trop pleine de vertu , pour se porter jamais à faire aucune chose dont l'honnêteté soit blessée; et de la maison de la Prudoterie, il y a plus de trois cents ans qu'on n'a point remarqué qu'il y ait eu de femme. Dieu merci, qui ait fait parler d'elle.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Corbleu! dans la maison de Sotenville, on n'a jamais vu de coquette; et la bravoure n'y est pas plus héréditaire aux mâles que la chasteté aux femelles.

MADAME DE SOTENVILLE.

JNous avons eu une Jacqueline de la Prudoterie qui ne voulut jamais être la maîtresse d'un duc et pair, gouverneur de notre province.

Il y a eu une i\Iatliurine de Sotenville qui refusa vingt mille écus d'un favori du roi , qui ne lui demandait seulement que la faveur de lui parler.

GEOBGE DANDIN.

Oh bien ! votre fille n'est pas si difficile que cela; et elle s'est apprivoisée depuis qu'elle est chez moi.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Expliquez-vous, mon gendre. Nous ne sommes point gens h la supporter dans de mauvaises actions, et nous serons les premiers, sa mère et moi, à vous en faire la justice.

MADAME DE SOTENVILLE.

Nous n'entendons point raillerie sur les matières de l'honneur; et nous l'avons élevée dans toute la sévérité possible.

GEORGE DANDIN

Tout ce que je vous puis dire , c'est qu'il y a ici un certain courtisan que vous avez vu, qui est amoureux d'elle à ma barbe, et qui lui a fait faire des protestations d'amour qu'elle a très-humainement écoutées.

MADAME DE SOTENVILLE.

Jour de Dieu! je l'étranglerais de mes propres

GEORGE DANDIN

mains, s'il fallait qu'elle forlignàt ■ de riionnéteté de sa mère.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Corbleu ! je lui passerais mon épée au travers du eorps, à elle et au galant, si elle avait forfait ^ à son honneur.

Je vous ai dit ce qui se passe , pour vous faire mes plaintes ; et je vous demande raison de cette affaire-là.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Ne voustourmentez point: je VOUS la ferai de tous deux ; et je suis homme pour serrer le bouton à qui que ce puisse être '. Mais êtes-vous bien sûr de ce que vous nous dites ?

GEOBGE DANDIN.

Très-sdr.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Prenez bien garde, au moins; car, entre gentilshommes , ce sont deschoses chatouilleuses ; et il n'est pas question d'aller faire ici un pas de clerc.

GEORGE DANDIN

.Te ne vous ai rien dit , vous dis-je , qui ne soit véritable.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

M'amour, allez-vous-en parlera votre fille, tandis qu'avec mon gendre j'irai parler h riionime.

MADAME DE SOTENVILLE.

Se pourrait-il, mon fils, qu'elle s'oubliât de la sorte , après le sage exemple que vous savez vousmême que je lui ai donné ?

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Nous allons éclaircir l'affaire. Suivez-moi , mon gendre, et ne vous mettez point en peine. Vous verrez de quel bois nous nous chauffons, lorsqu'on s'attaque à ceux qui nous peuvent appartenir.

GEORGE DANDIN

Le voici qui vient vers nous.

' Vieux mot qui vient Ae/orlinearc , sortir hors de la ligne, dégénérer. (MÉN.) Il s'appliquaitsurtoul aux noblesqui faisaient des actions indignes de leurs aïeux. Ce mot et le suivant, /or- {aire, sont très-bien placés dans la bouche de M. et de madame de Sotenville.

' Fûrfaire, composé de for, particule qui empire la signiiication du mot auquel elle adhère , et de fnire. Ainsi for/aire siniliemal faire, délinquer, violer. ( NicoT. )

' On pourrait croire que ce proverbe, serrer le boitton à ijiielqii'un , vient de l'action d'un escrimeur qui appuie fortement le bouton de son fleuret sur la poitrine de son adversaire ; mais le proverbe a une autre origine : on appelle bnuton , en termes de manège, la lx)ucle de cuir qui coule le long des rênes , et qui les resserre. Ainsi l'on dit serrer le boulon, qui est l'éiiuivalent de tenir en bride. { A. )

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