‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 834 sur 1284 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MOISSIEUR DE SOTENVILLE, CLITANDRE, GEORGE DANDIN.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Monsieur, suis-je connu de vous ?

CLITANDRE

Non pas , que je sache , monsieur.

MONSIEUR DE SOTENVILLE

Je m'appelle le baron de Sotenville.

Je iTi'en réjouis fort.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Mon nom est connu à la cour; et j'eus l'honneur, dans ma jeunesse, de me signaler des premiers à l'arrière-ban de Nancy '.

CLITANDRE

A la bonne heure.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Monsieur mon père, Jean-Gilles de Sotenville, eut la gloire d'assister en personne au grand siège de Montauban '.

CLITANDRE

J'en suis ravi.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Et j'ai eu un aïeul , Bertrand de Sotenville , qui fut si considéré en son temps , que d'avoir permission de vendre tout son bien pour le voyage d'outre-mer.

CLITANDRE

Je le veux croire.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Il m'a été rapporté, monsieur, que vous aimez et poursuivez une jeune personne, qui est ma fille, pour laquelle je in'intéresse,(J?ion<mra< George Danclin ) et pour l'homme que vous voyez , qui a l'honneur d'être mon gendre.

CLITANDRE

Qui? moi?

Oui ; et je suis bien aise de vous parler, pour tiicr de vous, s'il vous plaît, un éclaircissement de celle affaire.

CLITANDRE

Voilà une étrange médisance! Qui vous a dit cela , monsieur ?

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Quelqu'un qui croit le bien savoir.

CLITANDRE

Ce quelqu'un-là en a menti. Je suis honnête

■ L'cm-iirc-ban était la convocation qu'un souverain faisait autrefois de toute la noblesse de ses États , pour marcher contre ses ennemis.

' Il s'agit sans doute du siège de Montanban par Louis XIII, <n 16-21 , environ un an avant la naissance de Molière.

478 GKORGE DANDIN,

homme. Me croyez-vous capable , monsieur, d'iiiie ncliori aussi liiclieqiie ci'lle-là? Moi, aimer une jeune et hello |)ersonnc (jiii a l'iionneur d'être la fille de monsieur le baron de Sotenvillc! je vous révère trop pour cela , et je suis trop votre serviteur. Quiconque vous l'a dit est un sot.

MONSIEUll DE SOTENVILLE.

Allons, mon gendre.

GEOBGE DÀNDIN.

Quoi ?

C'est un coquin et un maraud.

MONSIEUR DE SOTEPiVILLE , à CCOr(/e /)a«f//M.

Répondez.

GEOBGE DANDIN.

népondez vous-même.

CLITANDBE.

Si je savais qui ce peut être, je lui donnerais, en votre présence , de l'épée dans le ventre. MONSIEUR DE SOTENVILLE, à George Dandiii. Soutenez donc la chose.

GEORGE DANDIN

Elle est toute soutenue. Cela est vrai.

CLITANDRE

Est-ce votre gendre, monsieur, qui?...

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Oui , c'est lui-même qui s'en est plaint à moi.

CLITANDRE

Certes, il peut remercier l'avantage qu'il a de vous appartenir; et, sans cela, je lui apprendrais bien à tenir de pareils discours d'une personne comme moi.

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