‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 85 sur 1284 · T-E DEPIT AMOUREUX, ACTE F, SCÈNE II · texte numérisé non relu

T-E DEPIT AMOUREUX, ACTE F, SCÈNE II

MARIMETTE.

Comnienl?

OROS-BENÉ

Il est jaloux jusques en un tel point.

MARINETTE

De Valcre? Ah! vraiment la pensée est bien belle! nie peut seulement naître en votre cervelle. Je vous croyais du sens , et jusqu'à ce moment J'avais de votre esprit quelque bon sentiment , Mais, à ce que je vois , je m'étais fort trompée. Ta tête de ce mal est-elle aussi frappée ?

GBOS-BENÉ.

Moi, jaloux? Dieu m'en garde, et d'être assez badin ■ Pour m'aller emmaigrir avec im tel chagrin ! Outre que de ton cœur ta foi me cautionne, L'opinion que j'ai de moi-même est trop bonne Pour croire auprès de moi que quelque autre te plût. Où diantre pourrais-tu trouver qui me vahlt?

MAEINETTE.

En effet, tu dis bien : voilà comme il faut être : Jamais de ces soupçons qu'un jaloux fait paraître! Tout le fruit qu'on en cueille est de se mettre mal , Et d'avancer par là les desseins d'un rival. Au mérite souvent de qui l'éclat vous blesse, Vos chagrins font ouvrir les yeux d'une maîtresse ; Et j'en sais tel qui doit son destin le plus doux Aux soins trop inquiets de son rival jaloux. Enfin, quoiqu'il en soit, témoigner de l'ombrage. C'est jouer en amour un mauvais personnage , Et se rendre, après tout, misérable à crédit. Cela, seigneur Éraste, en passant vous soit dit.

ÉEASTE.

Eh bien ! n'en parlons plus. Que venais-tu m'appren-

MABINETTE. [dre?

Vous mériteriez bien que l'on vous fît attendre ; Qu'afin de vous punir je vous tinsse caché Le grand secret pourquoi je vous ai tant cherché. Tenez , voyez ce mot , et sortez hors de doute : Lisez-le donc tout haut , personne ici n'écoute. ÉKASTE Ut.

« Vous m'avez dit que votre amour

« Était capable de tout faire ; » Il se couronnera lui-même dans ce jour,

« S'il peut avoir l'aveu d'un père.

« Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur ,

K Je vous en donne la licence;

" Et , si c'est en votre faveur , " Je vous réponds de mon obéissance. «

Ah! quel bonheur! O toi, qui me l'as apporté. Je te dois regarder comme une déité!

' Le mot badin signiruiit autrefois non-seuIcment/oM/rf , qui aime à rire, mais encore niais, qui s'amuse il des niaiseries : ri'lle (lorniére acception est celle du vers de Molière.

r.IloS-RENH.

Je VOUS le disais bien : contre votre croyance ," Je ne me trompe guère aux choses que Je pense.

ÉBASTE relit.

« Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur, » Je vous en donne la licence; « Et, si c'est en votre faveur , « Je vous réponds de mon obéissance. "

MABINETTE.

Si je lui rapportais vos faiblesses d'esprit , Elle désavoûrait bientôt un tel écrit.

ÉEASTE.

Ah ! cache-lui , de grâce , une peur passagère. Où mon .Ime a cru voir quelque peu de lumière ; Ou, si tu la lui dis, ajoute que ma mort Est prête d'expier l'erreur de ce transport; Que je vais à ses pieds , si j'ai pu lui déplaire. Sacrifier ma vie à sa juste colère.

MA BINETTE

Ne parlons point de mort , ce n'en est pas le temps.

ÉBASTE.

Au reste , je te dois beaucoup , et je prétends Reconnaître dans peu , de la bonne manière , Les soins d'une si noble et si belle courrière.

MABINETTE.

A propos , savez -vous où je vous ai cherché Tantôt encore?

ÉRASTE

Eh bien?

MABINETTE.

Tout proche du marché ^ Où vous savez.

OÙ donc?

MABINETTE.

Là... dans cette boutique Où , dès le mois passé , votre cœur magnifique Me promit , de sa grâce, une bague.

ÉBASTE.

Ah! j'entends.

GBOS-BENÉ.

La matoise !

ÉBASTE.

Il est vrai , j'ai tardé trop longtemps A m'acquitter vers toi d'une telle promesse : Mais...

MABI>ETTE.

Ce que j'en ai dit n'est pas que je vous presse.

GBOS-BENÉ.

Ho! que non!

EBASTE lui donne sa bague.

Celle-ci peut-être aura de quoi Te plaire ; accepte-la pour celle que je doi.

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