‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 84 sur 1284 · ÉRASTE, MARINETTE, GROS-RENÉ · texte numérisé non relu

ÉRASTE, MARINETTE, GROS-RENÉ

Toi-même penses-tu qu'on puisse , comme il fait , Voir cliérir un rival d'un esprit satisfait? Et si tu n'en crois rien , dis-moi , je t'en conjure , Si j'ai lieu de rêver dessus cette aventure?

GROS-RENÉ

Peut-être que son cœur a changé de désirs , Connaissant qu'il poussait d'inutiles soupirs.

ÉRASTE

Lorsque par les rebuts une âme est détachée,

Elle veut fuir l'objet dont elle fut touchée ,

Et ne rompt point sa chaîne avec si peu d'éclat

Qu'elle puisse rester en un paisible état.

De ce (pi'on a chéri la fatale présence

Ke nous laisse jamais dedans l'indifférence ;

Et si de cette vue on n'accroît son dédain ,

Notre amour est bien près de nous rentrer au sein :

Enfin, crois-moi , si bien qu'on éteigne une flamme,

Un peu de jalousie occupe encore une âme;

Et l'on ne saurait voir, sans en être piqué,

Posséder par un autre un cœur qu'on a manqué.

GROS-RENÉ

Pour moi , je ne sais point tant de philosophie :

Ce que voyent mes yeux , franchement je m'y fie ;

Et ne suis point de moi si mortel ennemi ,

Que je m'aille affliger sans sujet ni demi '.

Pourquoi subtiliser , et faire le capable

A chercher des raisons pour être misérable ?

Sur des soupçons en l'air je ni'irais alarmer !

Laissons venir la fête avant que la chômer.

Le chagrin me paraît une incommode chose;

Je n'en prends point pour moi sans bonne et juste

Et mêmes à mes yeux cent sujets d'en avoir [cause ;

S'offrent le plus souvent , que je ne veux pas voir.

Avec vous en amour je cours même fortune,

Celle que vous aurez me doit être commune;

La maîtresse ne peut abuser votre foi ,

A moins que la suivante en fasse autant pour moi :

Mais j'en fuis la pensée avec un soin extrême.

Je veux croire les gens , quand on me dit : Je t'aime ;

Et ne vais point chercher, pour ni'estiraer heureux ,

Si Mascarille ou non s'arrache les cheveux.

Que tantôt Jlarinette endure qu'à son aise

Jodelet par plaisir la caresse et la baise ,

Et que ce beau rival en rie ainsi qu'un fou ,

A son exemple aussi j'en rirai tout mon soûl ;

Et l'on verra qui rit avec meilleure grâce.

ÉRASTE

Voilà de tes discours.

GROS-RENÉ

Mais je la vois qui passe.

" C'i'sl-àKjire sans sujet ni demi-stijel ; ancienne loculion (|ui D'C6t plus en usaf;e. ( B. )

GHOS-BENE.

S't, Marinette!

MARINETTE

IIo! ho! Que fais-tu là?

GROS-RENÉ

Ma foi , Demande , nous étions tout à l'heure sur toi.

MARINETTE

Vous êtes aussi là, monsieur ! Depuis une heure Vous m'avez fait trotter comme un Rasque , ou je ÉRASTE. [meure.

Comment ?

MARINETTE

Pour vous chercher j'ai fait dix mille pas , Et vous promets , ma foi...

ÉRASTE

MARINETTE

Que vous n'êtes pas Au temple , au cours , chez vous, ni dans la grands GROS-RENÉ. [place '.

Il fallait en jurer.

ÉRASTE

Apprends-moi donc, de grâce , Qui te fait me chercher?

MARINETTE

Quelqu'un, en vérité.

Qui pour vous n'a pas trop mauvaise volonté ; Ma maîtresse, en un mot.

ÉRASTE

Ah ! chère IMarinette , Ton discours de son cœur est-il bien l'interprète? Ne me déguise point un mystère fatal , Je ne t'en voudrai pas pour cela plus de mal : Au nom des dieux, dis-moi si ta belle maîtresse N'abuse point mes vœux d'une fausse tendresse.

MARINETTE

Hé , hé ! d'oii vous vient donc ce plaisant mouvement ? Elle ne fait pas voir assez son sentiment? Quel garant est-ce encor que votre amour demande ? Que lui faut-il?

GROS-RENÉ

A moins que Valère se pende , Bagatelle, son cœur ne s'assurera point.

■ Temple est peut-être ici pour colisc. Peut-être aussi, comme il y avait autrefois au Temple un jardin public, on disait a/lcr au Temple, comme on dit aHct <ih.i- Tuileries. Le coure existe encore : c'est la partie des Champs-ÉlysécB qui porte le nom de Cours-la-Reine, en mémoire de Médicis, qui le lit planter. Enliu la (jnmde place désignée ici est la place Rnyalc.

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