‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 885 sur 1284 · PREMIER MÉDECIN, SECOND MÉDECIN · texte numérisé non relu

PREMIER MÉDECIN, SECOND MÉDECIN

L'APOTHICAIRE

PREMIER MÉDECIN

Ce m'est beaucoup d'honneur, monsieur, d'être choisi pour vous rendre service.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Je suis votre serviteur.

PREMIER MÉDECIN

Voici un habile homme, mon confrère, avec lequel je vais consulter la manière dont nous vous traitetons.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Il ne faut point tant de façons, vous dis-je; et je suis homme à me contenter de l'ordinaire.

PREMIER MÉDECIN

Allons, des sièges.

( Des laquais entrent, et donnent des sièges. )

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC, à part.

Voilà, pour un jeune homme, des domestiques bien lugubres.

PREMIER MÉDECIN

Allons, monsieur; prenez votre place, monsieur, ( Les deux médecins font asseoir monsieur de Pourceaugnac entre eux deux, ) MONSIEUR DE POURCEAUGNAC, s'asseijant.

Votre très-humble valet. {Les deux médecins lui prenant chacun une main pour lui tdter le pouls.) Que veut dire cela ?

PREMIER MÉDECIN

Mangez-vous bien, monsieur?

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Oui, et bois encore mieux.

PREMIER MÉDECIN

Tant pis. Cette grande appétition du froid et de l'humide est une indication de la chaleur et sécheresse qui est au dedans. Dormez -vous fort?

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Oui , quand j'ai bien soupe.

PREMIER MÉDECIN

Faites-vous des songes ?

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Quelquefois.

PREMIER MÉDECIN

De quelle nature sont-ils?

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

De la nature des songes. Quelle diable de conversation est-ce là?

PREMIER MÉDECIN

Vos déjections , comment sont-elles ?

Ma foi , je ne comprends rien à toutes ces questions; et je veux plutôt boire un coup.

PREMIER MÉDECIN

Un peu de patience : nous allons raisonner sur votre affaire devant vous ; et nous le ferons en français pour être plus intelligibles.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Quel grand raisonnement faut-il pour manger uw morceau ?

PREMIER MÉDECIN

Comme ainsi soit qu'on ne puisse guérir une maladie qu'on ne la connaisse parfaitement , et qu'on ne la puisse parfaitement connaître sans en bien établir l'idée particulière, et la véritable espèce, par

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