‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 892 sur 1284 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ORONTE, PREMIER MÉDECIN

PBEMIEB MÉDECIN.

Vous avez, monsieur, un certain monsieur de Pourceaugnac qui doit épouser votre fille?

OBONTE.

Oui ; je l'attends de Limoges , et il devrait être arrivé.

PBEMIEB MÉDECIN.

Aussi l'est-il , et il s'en est fui de chez moi , après y avoir été mis ; mais je vous défends , de la part de la médecine, de procéder au mariage que vous avez conclu , que je ne l'aie dûment préparé pour cela , et mis en état de procréer des enfants bien conditionnés de corps et d'esprit.

OBONTE.

Comment donc ?

PBEMIEB MÉDECIN.

Votre prétendu gendre a été constitué mon malade; sa maladie, qu'on m'a donnée à guérir, est un meuble qui m'appartient, et que je compte entre mes effets ; et je vous déclare que je ne prétends point qu'il se marie , qu'au préalable il n'ait satisfait à la médecine , et subi les remèdes que je lui ai ordonnés.

OBONTE.

Il a quelque mal .'

PBEMIEB MÉDECIN.

Oui.

OBONTE.

Et quel mal, s'il vous plaît.'

PREMIER MÉDECIN

Ne vous en mettez pas en peine.

OBONTE.

Est-ce quelque mal... ?

PBEMIEB MÉDECIN.

Les médecins sont obligés au secret. Il suffit que

M. DE POURCEAUGiNAG, ACTE II, SCENE III.

je vous ordonne, à vous et à votre fille, de ne point célébrer, sans mon consentement, vos noces avec lui, sur peine d'encourir la disgrâce de la faculté, et d'tître accablés de toutes les maladies qu'il nous plaira.

OBONTE.

•Te n'ai garde , si cela est , de faire le mariage.

PBEMIER MÉDECIN.

On me l'a mis entre les mains ; et il est obligé d'être mon malade.

OBONTE.

A la bonne heure.

PBEMIER MÉDECIN.

Il a beau fuir; je le ferai condamner, par arrêt, à se faire guérir par moi.

OBONTE.

J'y consens.

PREMIER MÉDECIN

Oui , il faut qu'il crève, ou que je le guérisse.

ORONTB.

Je le veux bien.

PREMIER MÉDECIN., ^^,^ iJ,^Ai^

Et, si je ne le trouve, je m'en prendrai à vous; et je vous guérirai au lieu de lui.

OBONTE.

Je me porte bien.

PBEMIER MÉDECIN.

Il n'importe. Il me faut un malade ; et je prendrai qui je pourrai.

OBONTE.

Prenez qui vous voudrez; mais ce ne sera pas moi. ( seul. ) Voyez un peu la belle raison !

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