LE DEPIT AMOUREUX, ACTE I, SCÈNE V
Câ
ERASTE
Vous êtes «Il coquin.
MASCARILLE
D'accord.
ÉnASTE.
Et cette audace Mériterait cent coups de bâton sur la place.
MASCARILLE
X'ous avez tout pouvoir.
ÉRASTE
Ah! Gros-René!
cnos-KENÉ.
Monsieur.
ÉRASTE
Je démens un discours dont je n'ai que trop peur.
( à Mascarille.) Tu penses fuir?
MASCARILLE
Nenni.
Quoi ! Lucile est la femme...
MASCARILLE
Non , monsieur , je raillais.
ÉRASTE
Ah! vous railliez, infâme !
MASCARILLE
Non , je ne raillais point.
ÉRASTE
Il est donc vrai?
MASCARILLE
Non pas.
Je ne dis pas cela.
ÉBASTE.
Que dis-tu donc?
MASCARILLE
Hélas!
Je ne dis rien , de peur de mal parler.
ÉRASTE
Assure Ou si c'est chose vraie , ou si c'est imposture.
MASCARILLE
C'est ce qu'il vous plaira : je ne suis pas ici Pour vous rien contester.
ÉRASTE , tirant son épée.
Veux-tu dire? Voici , Sans marchander, de quoi te délier la langue.
MASCARILLE
Elle ira faire encor quelque sotte harangue. Eh ! de grâce , plutôt , si vous le trouvez bon , Donnez-moi vitement quelques coups de bâton , Et me laissez tirer mes chausses sans nuirmure.
ÉRASTE
Tu mourras , ou je veux que la vérité pure S'exprime par ta bouche.
MASCARILLE
Hélas! je la dirai :
Mais peut-être, monsieur, que je vous fâcherai.
ÉRASTE
Parle ; mais prends bien garde à ce que tu vas faire. A ma juste fureur rien ne te peut soustraire , Si tu mens d'un seul mot en ce que tu diras.
MASCARILLE
J'y consens , rompez-moi les jambes et les bras , Faites-moi pis encor, tuez-moi, si j'impose. En tout ce que j'ai dit ici, la moindre chose.
ÉKASTE.
Ce mariage est vrai ?
MASCARILLE
Ma langue , en cet endroit , A fait un pas de clerc, dont elle s'aperçoit; Mais enfin cette affaire est comme vous la dites , Et c'est après cinq jours de nocturnes visites, Tandis que vous serviez à mieux couvrir leur jeu , Que depuis avant-hier ils sont joints de ce nœud ; Et Lucile depuis fait encor moins paraître La violente amour qu'elle porte à mon maître , Et veut absolument que tout ce qu'il verra , Et qu'en votre faveur son cœur témoignera , Il l'impute à l'effet d'une haute prudence Qui veut de leurs secrets ôter la connaissance. Si , malgré mes serments, vous doutez de ma foi , Gros-René peut venir une nuit avec moi , Etje lui ferai voir, étant en sentinelle, Que nous avons dans l'ombre un libre accès chez elle,
ÉRASTE
Ote-toi de mes yeux , maraud !
MASCARILLE
Et de grand cœur.
C'est ce que je demande.