‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 89 sur 1284 · ÉRASTE, MASCARILLE, GROS-RENÉ · texte numérisé non relu

ÉRASTE, MASCARILLE, GROS-RENÉ

MASCABILLE , à part.

Non , je ne trouve point d'état plus malheureux Que d'avoir un patron jeune et fort amoureux.

GUOS-RE?iÉ.

Bonjour.

M.iSCABILLE.

Bonjour.

CEOS-EENÉ.

Oii tend Mascarille à cette heure ' ?

Que fait-il? revient-il ? va-t-il , ou s'il demeure?

MASCABILLE.

Non . je ne reviens pas, car je n'ai pas été; Je ne vais pas aussi , car je suis arrêté; Et ne demeure point , car tout de ce pas même , Je prétends m'en aller.

' Où tend Mascurillci' pour, vu va Mascnrill,\' csl un latinisme : 71(0 ti:>iclil? ( A. )

EBASTE.

La rigueur est extrême; Doucement , Mascarille.

MASCABILLE.

Ah ! monsieur, serviteur.

ÉBASTE.

Vous nous fuyez bien vite ! eh quoi ! vous £ais-je peur?

MASCABILLE.

Je ne crois pas cela de votre courtoisie.

ÉBASTE.

Touche; nous n'avons plus sujet de jalousie, '

Nous devenons amis, et mes feux que j'éteins, Laissent la place libre à vos heureux desseins.

MASCABILLE.

Plût à Dieu!

EBASTE.

Gros-René sait qu'ailleurs je me jette.

OBOS-BENÉ.

Sans doute; et je te cède aussi la Marinette.

MASCABILLE.

Passons sur ce point-là; notre rivalité N'est pas pour en venir à grande extrémité : Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie Soit désenaraourée ? ou si c'est raillerie?

ÉBASTE.

J'ai su qu'en ses amours ton maître était trop bien, Et je serais un fou de prétendre plus rien Aux étroites faveurs qu'il a de cette belle.

MASCABILLE.

Certes, vous me plaisez avec cette nouvelle. Outre qu'en nos projets je vous craignais un peu , Vous tirez sagement votre épingle du jeu. Oui , vous avez bien fait de (juitter une place Oîi l'on vous caressait pour la seule grimace; Et mille fois, sachant tout ce qui se passait. J'ai plaint le faux espoir dont on vous repaissait. On offense un brave homme alors que l'on l'abuse, ^fais d'où diantre, après tout, avez-vous su la ruse? Car cet engagement mutuel de leur foi N'eut pour témoins , la nuit , que deux autres et moi , Et l'on croit jusqu'ici la chaîne fort secrète Qui rend de nos amants la flamme satisfaite.

ÉBASTE.

Hé! que dis-tu?

M.ASCAEILLE.

Je dis que je suis interdit , Et ne sais pas, monsieur, qui peut vous avoir dit Que, sous ce faux semblant qui trompe tout le monde, En vous trompant aussi , leur ardeur sans seconde D'un secret mariage a serré le lien.

ÉBASTE.

Vous en avez menti.

MASCABILLE.

Monsieur, je le veux bien.

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