‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 916 sur 1284 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ORONTE, ÉRASTE, JULIE, SBRIGANl.

éraste, à Mie.

Allons , vous viendrez malgré vous , et je veux vous remettre entre les mains de votre père. Tenez , monsieur, voilà une fille que j'ai tirée de force d'entre les mains de l'homme avec qui elle s'enfuyait; non pas pour l'amour d'elle, mais pour votre seule considération. Car, après l'action qu'elle a faite, je dois la mépriser, et me guérir absolument de l'amour que j'avais pour elle.

ORONTE

Ah ! infâme que tu es !

ÉRASTE, à Julie.

Comment ! me traiter de la sorte après toutes les

M. DE POURCEAUGNAC

marques d'amitié que je vous ai données! Je ne vous blâme point de vous être soumise aux volontés de monsieur votre père; il est sage et judicieux dans les choses qu'il fait ; et je ne me plains point de lui de m'avoir rejeté pour un autre. S'il a manqué à la parole qu'il m'avait donnée, il a ses raisons pour cela. On lui a fait croire que cet autre est plus riche que moi de quatre ou cinq mille écus; et quatre ou cinq mille écus est un denier considérable, et qui vaut bien la peine qu'un homme manque à sa parole; mais oublier en un moment toute l'ardeur que je vous avais montrée , vous laisser d'abord enflammer d'amour pour un nouveau venu, et le suivre honteusement sans le consentement de monsieur votre père, après les crimes qu'on lui impute, c'est une chose condamnée de tout le monde, et dont mon cœur ne peut vous faire d'assez sanglants reproches.

JULIE

Hé bien! oui. J'ai conçu de l'amour pour lui, et je l'ai voulu suivre , puisque mon père me l'avait choisi pour époux. Quoi que vous me disiez, c'est un fort honnête homme; et tous les crimes dont on l'accuse sont faussetés épouvantables.

OEONTE.

Taisez-vous , vous êtes une impertinente , et je sais mieux que vous ce qui en est.

Ce sont sans doute des pièces qu'on lui fait, et c'est peut-être lui ( montrant Éraste ) qui a trouvé cet artifice pour vous en dégoûter.

ÉRASTE

Moi ! je serais capable de cela ?

JULIE

Oui, vous.

ORONTE

Taisez-vous, vous dis-je; vous êtes une sotte.

ÉRASTE

Non , non , ne vous imaginez pas que j'aie aucune envie de détourner ce mariage, et que ce soit ma passion qui m'ait forcé à courir après vous. Je vous l'ai déjà dit, ce n'est que la seule considération que j'ai pour monsieur votre père; et je n'ai pu souffrir qu'un honnête homme comme lui fdt exposé à la honte de tous les bruits qui pourraient suivreune action comme la vôtre.

ORONTE

J3 vous suis, seigneur Éraste, infiniment obligé.

ÉRASTE

Adieu, monsieur. J'avais toutes les ardeurs du monde d'entrer dans votre alliance; j'ai fait tout ce que j'ai pu pour obtenir un tel honneur ; mais j'ai été malheureux , et vous ne m'avez pas jugé digne de «•ette grâce. Cela n'empêchera pas que je ne conserve pour vous les sentiments d'estime et de vénération

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