LE BOURGEOIS GENTILHOMME, ACTE III, SCENE IV
MADAME JOUHUAIN.
Vous ^tes fou , mon mari , avec toutes vos fantaisies; et cela vous est venu depuis que vous vous mêlez de hanter la noblesse.
M. JOURDAIN
Lorsque je hante la noblesse, je fais paraître mon justement; et cela est plus beau que de hanter votre bourgeoisie.
MADAME JOUIIDAIN.
Çamon ' vraiment! il y a fort à gagner à fréquenter vos nobles, et vous avez bien opéré avec ce beau monsieur le comte, dont vous vous êtes embéguiné!
M. JOIBDAIN.
Paix; songez à ce que vous dites. Savez-vous bien , ma femme, que vous ne savez pas de qui vous parlez, quand vous pariez de lui? C'est une personne d'importance plus que vous ne pensez, un seigneur que l'on considère à la cour, et qui parle au roi tout comme je vous parle. N'est-ce pas une chose qui m'est tout à fait honorable , que l'on voie venir chez moi si souvent une personne de cette qualité, qui m'appelle son cher ami , et me traite comme si j'étais son égal? Il a pour moi des bontés qu'on ne devmerait jamais , et , devant tout le monde , il me fait des caresses dont je suis moi-même confus.
MADAME JOUBDAIN.
Oui , il a des bontés pour vous , et vous fait des caresses ; mais il vous emprunte votre argent.
M. JOUBDAIN.
Eh bien! ne m'est-ce pas de l'honneur de prêter de l'argent à un homme de cette condition-là? et puis-je faire moins pour un seigneur qui m'appelle son cher ami ?
MADAME JOURDAIN
Et ce seigneur, que fait-il pour vous?
M. JOUBDAIN.
Des choses dont on serait étonné , si on les savait.
MADAME JOUBDAIN.
Et quoi ?
M. JOURDAIN
Baste! je ne puis pas m'expliquer. Il suffit que si je lui ai prêté de l'argent, il me le rendra bien, et avant qu'il soit peu.
MADAME JOURDAIN
Oui. Attendez-vous à cela.
M. JOUBDAIN.
Assurément. Ne me l'a-t-il pas dit ?
MADAME JOURDAIN
Oui , oui , il ne manquera pas d'y faillir.
■ Çamon est une corruption de c'est mon , ancienne expression qui signifiait cela est vraiment certain ; c'était une afliruiittion très-forte.
M. JOURDAIN
Il m'a juré sa foi de gentilhomme.
MADAME JOUBDAIN.
Chansons!
M. JOURDAIN
Ouais! Vous êtes bien obstinée, ma femme! Je vous dis qu'il me tiendra sa parole ; j'en suis sûr.
MADAME JOUBDAIN.
Et moi, je suis silre que non, et que toutes les caresses qu'il vous fait ne sont que pour vousenjolcr.
M. JOURDAIN
Taisez-vous. Le voici.
MADAME JOURDAIN
Il ne nous faut plus que cela. Il vient peut-être encore vous faire quelque emprunt; et il me semble que j'ai dîné quand je le vois.
M. JOURDAIN
Tai.sez-vous, vous dis-je.