‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 988 sur 1284 · ORANTE, M. JOURDAIN, M.ADAME JOURDAIN, NICOLE · texte numérisé non relu

ORANTE, M. JOURDAIN, M.ADAME JOURDAIN, NICOLE

DORANTE

Mon cher ami monsieur Jourdain, comment vous portez-vous ?

M. JOURDAIN

Fort bien , monsieur, pour vous rendre mes petits services.

DORANTE

Et madame Jourdain, que voilà, comment se porte-t-ellc?

MADAME JOURDAIN

Madame Jourdain se porte comme elle peut.

Comment ! monsieur Jourdain , vous voilà le plus propre du monde !

M. JOURDAIN

Vous voyez.

DORANTE

Vous avez tout à fait bon air avec cet habit; et nous n'avons point de jeunes gens à la cour qui soient mieux faits que vous.

M. JOURDAIN

liai, bai.

MADAME JOURDAIN, à part.

Il le gratte par où il se démange.

DORANTE

Tournez-vous. Cela est tout à fait galant.

MADAME JOURDAIN, à part.

Oui , aussi sot par derrière que par devant.

DORANTE

Ma foi , monsieur Jourdain , j'avais une impatience

LE BOURGEOIS GENTILHOMME, ACTE III, SCEiNE IV.

<!tiange de vous voir. Vous êtes l'homme du monde tjue j'estime le plus; et je parlais encore de vous ce matin dans la chambre du roi.

M. JOUBDATN.

Vous me faites beaucoup d'honneur, monsieur. (« madame Jourdain.) Dans la chambre du roi!

DORANTE

Allons , mettez ' .

SI. JOURDAIN

Monsieur, je sais le respect que je vous dois.

DORANTE

Mon Dieu! mettez. Point de cérémonie entre nous, je vous prie.

M. JOURDAIN

Monsieur...

DORANTE

Mettez, vous dis-je, monsieur Jourdain : vous êtes mon ami.

M. JOURDAIN

Monsieur, je suis votre serviteur.

DORANTE

.Te ne me couvrirai point, si vous ne vous couvrez.

M. JOURDAIN, se couvrant.

J'aime mieux être incivil qu'importun.

DORANTE

Je suis votre débiteur, comme vous le savez.

MADAME JOURDAIN, à part.

Oui : nous ne le savons que trop.

DORANTE

Vous m'avez généreusement prêté de l'argent en plusieurs occasions , et m'avez obligé de la meilleure grâce du monde, assurément.

M. JOURDAIN

Monsieur, vous vous moquez.

DORANTE

Mais je sais rendre ce qu'on me prête, et reconnaître les plaisirs qu'on me fait.

M. JOURDAIN

Je n'en doute point, monsieur.

DORANTE

Je veux sortir d'affaire avec vous ; et je viens ici pour faire nos comptes ensemble.

M. JOURDAIN, bas , à madame Jourdain.

Eh bien! vous voyez votre impertinence, ma femme.

DORANTE

Je suis homme qui aime à m'acquitter le plus tôt que je puis.

M. JOURDAIN, bas, à madame Jourdain.

Je vous le disais bien.

DORANTE

Vo}'ons un peu ce que je vous dois.

' Phrase alors en usage pour inviter les gens h se couvrir.

M. JOURDAIN, bas, à madame Jourdain.

Vous voilà, avec vos soupçons ridicules.

DORANTE

Vous souvenez-vous bien de tout l'argent que vous m'avez prêté ?

M. JOURDAIN

Je crois que oui. J'en ai fait un petit mémoire. Le voici. Donné à vous une fois deux cents louis.

DORANTE

Cela est vrai.

M. JOURDAIN

Une autre fois six-vingts.

DORANTE

Oui.

M. JOURDAIN

Et une autre fois cent quarante.

DORANTE

Vous avez raison.

M. JOURDAIN

Ces trois articles font quatre cent soi.xante louis, qui valent cinq mille soixante livres'.

DORANTE

Le compte est fort bon. Cinq mille soixante livres.

Mille huit cent trente-deux livres à votre plmnassier.

DORANTE

Justement.

M. JOURDAIN

Deux mille sept cent quatre-vingts livTes à votre

tailleur.

DORANTE

Il est vrai.

M. JOURDAIN

Quatre mille trois cent septante-neuf livres douze sols huit deniers à votre marchand.

DORANTE

Fort bien. Douze sols huit deniers; le compte est juste.

M. JOURDAIN

Et mille sept cent quarante-huit livres sept sols quatre deniers à votre sellier.

DORANTE

Tout cela est véritable. Qu'est-ce que cela fait ?

M. JOURDAIN

Somme totale, quinze mille huit cents livres.

DORANTE

Somme totale est juste. Quinze mille huit cents livres. Mettez encore deux cents pistoles que vous m'alle^ donner : cela fera justement dix-huit mille francs, que je vous payerai au premier jour.

» Le louis valait alors onze livres ( voyez le Blanc, Traité <h's vionnnics, pag. 3u6) ; ce qui est vérilié par le compte de M. Jourdain. ( B. )

LE BOURGEOIS GENTILHOMME, ACTE III, SCENE Vl.

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