ACTE I, SCÈNE XI. \2;i
obturanle, et à celte cacochymie luxuriante par tout le corps, je suis d’avis qu’il soit phlébotomisc libéralement ; c’est-àdire, que les saignées soient fréquentes et plantureuses : en premier lieu, de la basilique, puis de la céphalique*, et même , si le mal est opiniâtre , de lui ouvrir la veine du front, et que l’ouverture soit large, afin que le gros sang puisse sortir; et, en même temps, de le purger, désopiler, et évacuer par purgatifs propres et convenables ; c’est-à-dire, par cholagogues , mélanogogues^, et cœlera : et comme la véritable source de tout le mal est ou une humeur crasse et féculente , ou une vapeur noire et grossière , qui obscurcit , infecte et salit les esprits animaux , il est à propos ensuite qu’il prenne un bain d’eau pure et nette, avec force petitlait clair, pour purifier, par l’eau, la féculence de l’humeur crasse, et éclaircir, par le lait clair, la noirceur de cette vapeur. Mais, avant toute chose, je trouve qu’il est bon de le réjouir par d’agréables conversations, chants et instruments de musique ; à quoi il n’y a pas d’inconvénient de joindre des danseurs, afin que leurs mouvements, disposition 3 et agilité, puissent exciter et réveiller la paresse de ses esprits engourdis, qui occasionne l’épaisseur de son sang, d’où procède la maladie. Voilà les remèdes que j’imagine, auxquels pourront être ajoutés beaucoup d’autres meilleurs , par monsieur notre maître et ancien , suivant l’expérience, jugement, lumière et suffisance qu’il s’est acquise dans noire art. Dixi.
SECOND MÉDECIN
A Dieu ne plaise, monsieur, qu’il me tombe en pensée d ajouter rien à ce que vous venez de dire! Vous avez si bien discouru sur tous les signes, les symptômes et les causes de la maladie de monsieur; le raisonnement que vous en avez fait est si docte et si beau, qu’il est impossible qu’il ne soit pas fou et mélancolique hypocondriaque; et quand il ne le scroil pas, il faudroit qu’il le devînt, pour la beauté
juw\ r/v ^ ‘“"S J®'» panic interne de l'os dn Inas
c r, i, a n l’nne dos veines du bras, qu'on
cas ou la lête avoil b-soin d-ùlie soulagée.
pronrts propres a chasser la bile. Mélanogog\ies, romedes
Co mr.1 'l'"* “"eicns appelaienl mélancolie.
*1 n'a pa. dîd «‘dZl^e" “'-’eep'ion éloU nouvelle,
' (A imd Martin.)
I2(i MONSIEUR DE POURCEAÜGNAC.
des clioses que vous avez dites, et la justesse du raisonnement que vous avez fait. Oui, monsieni-, vous avez dépeint fort graphiquement, graphice dephvrisli, tout ce qui appartient à cette maladie. II ne se peut rien de plus doctement, sagement, ingénieusement conçu, pensé, imaginé, que ce que vous avez prononcé au sujet de ce mal, soit pour la diagnose ou la prognose, ou la thérapie*; et il ne me reste rien ici, que de féliciter monsieur d’être tombé entre vos mains, et de lui dire qu’il est trop heureux d’être fou, pour éprouver l’cfficace et ta douceur des remèdes que vous avez si judicieusement proposés. Je les approuve tous, manibus et pedibus descendo in liiam senlenliam Tout ce que j’y voudrois ajouter, c’est de faire les saignées et les purgations en nombre impair, numéro deus impure gaudel ; de prendre le lait clair avant le bain ; de lui composer un fronteau3 où il entre du sel, le sel est symbole de la sagesse; de faire blanchir les murailles de sa chambre, pour dissiper les ténèbres de ses esprits, a'.bim esl disgregalivum visus^; et de lui donner tout à l'heure un petit lavement, pour servir do prélude et d’introduction à ces judicieux remèdes, dont, s’il a à guérii', il doit recevoir du soulagement. Fasse le ciel que ces remèdes, monsieur, qui sont les vôtres, l'éussissent au malade, selon notre intention!
MONSIEUn DE POinCEAüON.VC.
Messieurs , il y a une heure que je vous écoute. Est-ce que nous jouons ici une comédie.'*
l'REMIEn MÉDECIN.
Non, monsieur, nous ne jouons point
MONSIEIR DE POUnCFAEGNAC.
Qu’cst-ce que tout ceci? et que voulez-vous dire, avec votre galimatias et vos sottises.^
' Diagnose pour diainostique^ comi:ii>-'iance dos sympiômos; propnow, jnpement d'oprés les svinplônifs; f/ic'rjpiV, pmir thérapeutique , Irailomonl di* la maladie.
’ Dans lescnal ronialn, »iuaiid <]noliin’nn, en opinant, avoil oiivorl nn avis, ceux (|ui pcnsoicnl comme Ini se n^nfieoienl de son côté, et ceux ipii oloienld nu senlimcnl contraire passnient du côte opposd. L action des premiers s exprimoil par celte plirase : Pcdibus ire ou dcscendere in senuntiam alicujus} plirasc (Iii'il ser -il impossilde de Ira luire liileiatemeiU en (lançois, mais dont lest'nsesl à peu pies consn >e «luns l\ xpression liguree, se ranger à Vacts de quelqu'un,
(Auger.)
* Mddicamenl qu*on appli-|iic sur ler.out pour calmer les douleurs de tftlc,
* (Vci-â-ilire î Le blanc blrsse la oiir ou la fnugve.