‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 157 sur 593 · SCÈNE III. — ËRIPHILE, CLITIDAS · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — ËRIPHILE, CLITIDAS

CLITIDAS, en cliantpni. '

La, la, la^ la. (Faisant l’eTonné en voyafit fîrlphile.) Ah!

élRIPIIILE, à Glitidas, qui leinl de 'vouloir sMloigner.

Clitidas.

CLITIDAS. ^

Je ne vous avois pas vue là, madame.

ÉltlPIIILE.

Approche. D’où viens-tu?

CLITIDAS.

De laisser la princesse votre mère, qui s’en alloif vers le temple d’Apollon,, aceonipagnée de beaucoup de gens.

, , ÉIUPI11I.E.

Ne trouvcs-lu pas ces lieux les plus charmants du monde?

CLITIDAS. . ^

Assurément. Les princes vos amants y étoient.

, ÉUIPHILE,

Le lleuve Pénee fait ici d’agréables détours.

CLITIDAS.

Fort agréables. Soslrate y éloit aussi.

ÉRIPIIILE. -

D’où vient qu’il n’est pas venu à la proinenadé?

CLITIDAS.

I a qui-lque chose dans la tète qui l’empêche de prendre aisir a tous ees beaux régales. Il m’a voulu entretenir ■

dCu^ <lc nie charge;

offt.rc aupii, ,1e vous , que je u'ei poiut voulu lui

LES AMANTS MAGNIFIQUES

prêter l’oreille, et je lui ai dit nettement que je n’avois pas le loisir de l’entendre.

ÉRIPHILE

Tu as eu tort de lui dire cela, et tu devois l’écouter.

CLITIDAS.

Je lui ai dit d’abord que je n’avols pas le loisir de l’entendre, mais après je lui ai donné audience.

Tu as bien fait.

CLITIDAS.

En vérité, c’est un homme qui me revient, un homme fait comme je veux que les hommes soient faits, ne prenant point des manières bruyantes et des tons de voix assommants ; sage et posé en toutes choses, ne parlant jamais que bien à propos, point prompt à décider , point du tout exagératcur incommode; et, quelques beaux vers que nos poètes lui aient récités, je ne lui ai jamais ouï dire : Voilà qui est plus beau que tout ce qu’a jamais fait Homère. Enfin , c est un homme pour qui je me sens de l’inclination ; et si j étois princesse, il ne seroit pas malheureux.

ÉRIPHILE

C’est un homme d’un grand mérite, assurément. Mais de quoi t’a-t-il parlé?

CLITIDAS.

Il m’a demandé si vous aviez témoigné grande joie au magnifique régale que l’on vous a donné, m’a parlé de^olre personne avec des transports les plus grands du monde , vous a mise au-dessus du ciel, et vous a donné toutes les louanges qu’on peut donnera la princesse la plus accomplie de la terre, entremêlant tout cida de plusieurs soupire qui disoient plus qu’il ne vouloit. Enfin, à force de le tourner de Ions côtés , et de le presser sur la cause de cette profonde mélancolie dont toute la cour s’aperçoit, il a été contraint de m’avouer qu’it étoit amoureux.

ÉRIPHILE

(iomment, amoureux! quelle témérité est la sienne! cesl un extravagant que je ne verrai de ma vie.

(LITIDAS.

De (pioi vous plaignez-vous, madame?

Page 1