‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 158 sur 593 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

ÉRIPHILE

Avoir l’audace de m’aimer ! et, de plus, avoir l’audace de le dire !

CIITIDAS.

Ce n’est pas vous, madame , dont il est amoureux.

ÉRIPHILE

Ce n’est pas moi?

CLTTIDAS.

Non, madame; il vous respecte trop pour cela, et est trop sage pour y penser.

ÉRIPHILE

Et de qui donc, Clilidas?

' CLITIDAS.

D’une de vos filles, la jeune Arsinoé '.

ÉRIPIiaE.

A-t-elle tant d’appas , qu’il n’ait trouvé qu’elle digne de son amour?

CLITIDAS.

Il l’aime éperdument, et vous conjure d’honorer sa flamme de votre protection.

■ ÉRIPHILE

Moi?

CMTIDAS.

Non , non , madame, .le vois que la chose ne vous plaît pas. Votre colère m’a obligé à prendre ce détour; et, pour vous dire la vérité, c’est vous qu’il aime éperdument.

ÉRIPlilLE. ■

Vous êtes un insolent de venir ainsi surprendre mes sentiments. Allons, sortez d’ici; vous vous mêlez de vouloir lire dans les âmes , de vouloir pénétrer dans les secrets du cœur d’une princesse! Otez-vous de mes yeux, et que je ne vous voie jamais, Clilidas.

CLITIDAS.

Madame...

ÉRIPHILE

Venez ici. Je vous pardonne celte affaire-Ià.

CLITIDAS.

Trop de bonté, madame !

la prinwMc!*”"''*" '* se scH d’une ruse pareille avec

LES AMANTS MAGNIFIQUES

ÉniPIIILE.

Mais à condition (prenez bien garde à ce que je vous dis) que vous n’en ouvrirez la bouche à personne du monde, sur peine de la vie.

' CI.ITIDAS.

Il suffit.

ÉRIPIIII.E.

Sostrate t’a donc dit qu’il maimoit ?

CUTID.\S.

Non, madame. Il faut vous dire la vérité. J’ai tiré de son cœur, par surprise , un secret qu’il veut cacher à tout le monde, et avec lequel il est, dit-il, résolu de mourir. Il a été au désespoir du vol suhtil que je lui en ai fait; et, bien loin de me charger de vous le découvrir , il m’a conjuré , avec toutes les instantes prières qu’on sauroit faire, de ne vous en rien révéler; et c’est trahison contre lui que ce que je viens de vous dire.

ÉRIPHIIÆ.

Tant mieux ! c’est par son seul respect qu’il peut me plaire ; et s’il étoit si hardi que de me déclarer son amour, il perdroit pour jamais et ma présence et mon estime.

CLITIDAS.

Ne craignez point, madame,..

ÉniPIIILE.

Le voici. Souvenez-vous, au moins, si vous êtes sage, de la défense que je vous ai faite.

CLITIDAS.

Cela est fait , madame. Il ne faut pas être courtisan indiscret*.

Page 1