‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 174 sur 593 · SCÈNE I. — ARISTIONE, ÈRIPHILE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — ARISTIONE, ÈRIPHILE

AlilSTlONE.

Do qui que cela soit , on -ne peut rien de plus galant et de mieux entendu. Ma fille, j’ai voulu me séparer de tout le monde pour vous entretenir ; et je veux que vous ne me cachiez rien de la vérité. N’auriez-vons point dans l’ame quelque inclination secrète que vous ne voulez pas nous dire ?

Moi, madame?

ARISTIONE.

Parlez à cœur ouvert, ma fille. Ce que j’ai fait pour a'ous mérite bien que vous usiez avec moi de franchise. Tourner vers vous toutes mes pensées, vous préférer à toutes choses, et former l’oreille, en l’état où je suis, à toutes les propositions que cerit princesses , en ma place, écouteroient avec bienséance ; tout cela vous doit assez persuader que je suis une bonne mère , et que je ne suis pas pour recevoir avec sévérité les ouvertures que vous pourriez me faire de votre cœur.

ÈRIPHILE.

Si j’avois si mal suivi votre exemple, que de m’être laissée aller à quelques sentiments d^inclination que j’eusse raison de cacher, j’aurois , madame, assez de pouvoir sur moimêrne pour imposer silence à cette passion , et me mettre on état de ne rien faire voir qui fût indigne de votre sang.

ARISTIONE.

Non, non, ma tille; vous pouvez, sans scrupule, m’ouvrir 'OS sentiments. Je n’ai point renfermé votre inclination dans le choix de deux princes : vous pouvez l’étendre où vous voudrez; et le mérite, auprès de moi, tient un rang si considérable, que je l’égale ii tout; et si vous m’avouez Irnnchement les choses, vous me verrez souscrire sans répugnance au choix qu’aura fait votre cœur.

LES AMANTS MAGNIFIQUES

ÉRlPniLE.

Vous avez des bontés pour moi, madame, dont je ne puis assez me louer ; mais je ne les mettrai' point à l’épreuve sur le sujet dont vous me parlez ; et tout ce que je leur demande, c’est de ne point presser un mariage où je ne me sens pas encore bien résolue.

ATUSTIONE.

Jusqu’ici je vous ai laissée assez maîtresse de tout; et l’impatience des princes vos amants... Mais quel bruit est-ce que j’entends? ahl ma fille, quel spectacle s’offre à nos yeux! quelque divinité descend ici, et c’est la déesse Vénus qui semble nous vouloir parler.

SCÈNE II. — VÉNUS , accompasiiée de QUATRE PETITS AMOURS dans une machine ; ARISflONE, ÉRIPHILE.

VÉNUS, à Aristione.

Princesse , dans tes soins brille un zèle exemplaire Qui par les immortels doit être couronné ;

Et , pour te voir un gendre illustre et fortuné ,

Leur main te veut marquer le choix que lu dois faire.

Ils t’annoncent tous par ma voix La gloire et les grandeurs que , par ce digne choix ,

Ils feront pour jamais entrer dans la famille.

De les difficultés termine donc le cours ; ^

Et pense à donner ta fille A qui sauvera tes jours.

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