‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 180 sur 593 · SCÈNE I. - ÉRIPHILE , CLITIDAS · texte numérisé non relu

SCÈNE I. - ÉRIPHILE , CLITIDAS

CLITIDAS.

Dp quel côté perler mes pas? où m’aviserai-je d’aller? et en quel lieu puis-je croire que je trouverai maintenant la princesse Ériphile? Ce n’est pas un petit avantage que d’être le premier à porter une nouvelle. Ah ! la voilà ! Madame , je vous annonce que le ciel vient de vous donner l’époux qu’il vous destinoît.

ÉRIPHII.E.

Eh ! laisse-moi, Clitidas, dans ma sombre mélancolie.

CLITIDAS.

Madame, je vous demande pardon. Je pensois faire bien de vous venir dire que le ciel vient de vous donner Sostrate pour époux ; mais , puisque cela vous incommode , je rengaine ma nouvelle , et m’en retourne droit comme je suis venu.

ÉRIPHILE

Clitidas! holà, Clitidas!

CLITIDAS.

Je vous laisse , madame , dans votre sombre mélancolie.

Arrête, te dis-je; approche. Que viens-tu 'me dire?

CLITIDAS.

Rien, madame. Gn a parfois des empressements de venir dire aux grands de certaines choses dont ils ne se soucient pas, et je vous prie de m’excuser.

Que lu es cruel !

ERIPHILE.

CLITIDAS.

line autre fois j’aurai la discrétion de ne vous pas interrompre. ^

venir

ERIPHILE.

vion^ l’inquiétude. Qu’est-ce que lu

viens m annoncer? ‘

LES AMANTS MAGNIFIQUES

CLITIDAS.

C’est une bagatelle de Sostratc, madame, que je vous dirai une autre fois , quand vous ne serez point embarrassée.

ÉniPHILE.

Ne me fais point languir davantage , te dis-je , et m’apprends eette nouvelle.

CLITIDAS.

Vous la voulez savoir, madame?

ÉRIPIIILE.

Oui ; dépêche. Qu’as-tu à me dire de Sostrate?

CLITIDAS.

Une aventure merveilleuse, où personne ne s’atlendoit.

ÉRIPIIILE.

Dis-moi vite ce que c’est.

CLITÏDAS.

Cela ne troublera-t-il point, madame, votre sombre mélancolie?

ÉRIPIIILE.

Ah ! parle promptement.

CLITIDAS.

J’ai donc à vous dire, madame, que la princesse votre mère passoit presque seule dans la forêt, par ces petites routes qui sont si agréables, lorsqu’un sanglier hideux (ces vilains sangliers-ln font toujours du désorifre, et l’ou devroil les bannir des forêts bien policées), lors , dis-je , qu’un sanglier hideux, poussé, je crois, par dos chasseurs, est venu traverser la route où nous étions,*. .le devrois vous faire peut-être, pour orner mon récit, une description étendue du sanglier dont je parle; mais vous vous en passerez, s’il vous plaît, et je me contenterai de vous dire que c’étoit un fort vilain animal. Il passoit son ehemin, et il étoit bon de ne lui rien dire, de ne point chercher de noise avec lui; mais la princesse a voulu égayer sa dextérité, et de sou daixl, qu’elle lui a lancé uii peu mal à propos, ne lui eu deplaisi’, lui a fait au-dessus do l’oreille une assez petite blessure. 1^ sanglier, mal morigéné, s’est impertinemmenl détourne contre nous ; nous étions la deux ou trois misérables qui avons pâli de fi-ayeur; chaeun gagnoit son arbre, et la priii-

• Il y a encore ici un pelil souvenir de la Princesse d'ÉHde. Dans celle pièce , un sanglier menace aussi les jours tin la princesse, et cause une fi ayeur morlclle à Moron, qui est encore pins poliron que Clilidas. lAuger.

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