‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 214 sur 593 · SCÈNE 111. - MADAME JOURDAIN, MONSIEUR JOURDAIN, NICOLE, DEUX LAQUAIS · texte numérisé non relu

SCÈNE 111. - MADAME JOURDAIN, MONSIEUR JOURDAIN, NICOLE, DEUX LAQUAIS

MADAME JOURDAIN

Ah! ah! voici une nouvelle histoire! Qu’est-ce que c’est donc, mon mari, que cet équipage-là? Vous moquez-vous du monde, de vous être fait enharnacher de la sorte? et avezvous envie qu’on se raille partout de vous?

Il n’y a que des sots et des sottes, ma femme, qui se railleront de moi.

MADAME JOURDAIN

Vraiment, on n’a pas attendu jusqu’à cette heure; et il y a longtemps que vos façons de faire donnent à rire à tout le monde.

MONSIEUR JOURD.AIN

Qui est donc tout ce monde-là, s’il vous plaît?

MADAME JOURDAIN

Tout ce monde-là est un monde qui a raison, et qui est plus sage que vous^. Pour moi, je suis scandalisée de la vie que vous menez. Je ne sais plus ce que c’est que notre maison. On diroit qu’il est céans carême-prenant ‘ tous les jours; et dés le matin, de peur d’y manquer , on y entend des vacarmes de violons et de chanteurs dont tout le voisinage se trouve incommodé.

NICOLE

.Madame parle bien. Je ne saurois plus voir mon ménage propre avec cet attirail de gens que vous faites venir chez vous. Ils ont des pieds qui vont chercher de la boue dans tous les quartiers de la ville, pour l’apporter ici ; et la pauvre Françoise est presque sur les dents, à frotter les planchers que vos biaux maîtres viennent crotter .régulièrement tous les jours.

MONSIEUR JOURDAIN

Ouais! notre servante Nicole, vous avez le caquet bien affdé pour une paysanne !

MADAME JOURDAIN

Nicole a raison ; et son sens est meilleur que le vôtre. Je voudrois bien savoir ce que vous pensez faire d’un maître à danser, à l’àge que vous avez.

' Mïrdi gra«, qui touche bu niercreUi des Cendres, jour où prend le carême.

LE BOURGEOIS GENTILHOMME

NICOLE

Et d’un grand maître tireur d’armes, qui vient, avec ses battements de pied, ébranler toute la maison, et nous déraciner tous les carriaux de notre salle.

MONSIEl’U JOURDAIN.

Taisez-vous, ma servante et ma femme.

MADAME JOURDAIN

Est-ce que vous voulez apprendre à danser pour quand vous n’aurez plus de jambes'/

NICOLE

Est-ce que vous avez envie de tuer quelqu’un?

MONSIEUR JOURDAIN

Taisez-vous , vous dis-je : vous êtes des ignorantes l’une et l’autre ; et vous ne savez pas les prérogatives de tout cela.

MADAME JOURDAIN

Vous devriez bien plutôt songer à marier votre fille, qui est en âge d’être pourvue.

MONSIEUR JOURDAIN

Je songerai à marier ma fille quand il se présentera un parti pour elle ; mais je veux songer aussi à apprendre les belles choses.

J’ai encore ouï dire , madame , qu’il a pris aujourd hui , pour renfort de potage, un maître de philosophie.

MONSIEUR JOURDAIN

Fort bien. Je veux avoir de l’esprit, et savoir raisonner des choses parmi les honnêtes gens.

MADAME JOURDAIN

N’irez-vous point, l’un de ces jours, au collège, vous faire

donner le fouet, à votre âge?

MONSIEUR JOURDAIN

Pourquoi non? Plût à Dieu l’avoir tout à l’heure, le fouet, devant tout le monde, et savoir ce qu’on apprend au collège ' .

NICOLE

Oui, ma foi, cela vous rendroit la jambe bien mieux faite.

monsieur JOURDAIN.

Sans doute.

MADAME JOURDAIN

Tout cela est fort nécessaire pour conduire votre maison.

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