ACTE III, SCÈNE III
MONSIEUR JOURDAIN
Assurément. Vous parlez toutes deux comme des bêtes, et j’ai honte de votre ignorance. (A madame Jourdain.) Par exemple, savez-vous, vous, ce que c’est que vous dites à celte heure?
MADAME JOURDAIN
Oui. Je sais que ce que je dis est fort bien dit, et que VOUS devriez songer à vivre d’autre sorte.
MONSIEUR JOURDAIN
Je ne parle pas de cela. Je vous demande ce que c’est que les paroles que vous dites ici.
• MADAME JOURDAIN
Ce sont des paroles bien sensées , et votre conduite ne l’est guère.
MONSIEUR JOURD.AIN
Je ne parle pas de cela, vous dis-je. Je vous demande, ce que je parle avec vous, ce que je vous dis à cette heure, qu’est-ce que c’est?
MADAME JOURD.AIN
Des chansons.
MONSIEUR JOURDAIN
Hé! non, ce n’est pas cela. Ce que nous disons tous deux, le langage que nous parlons à cette heure ?
MADAME JOURDAIN
Hé bien?
Comment est-ce que cela s’appelle?
M.ADAME JOURDAIN.
Cela s’appelle comme on veut l’appeler.
MONSIEUR JOURDAIN
C’est de la prose, ignorante.
MADAME JOURDAIN
De la prose?
MONSIEUR JOURDAIN
Oui, de la prose. Tout ce qui est prose n’est point vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose. Heu ! voilà ce que c’est que d’étudier. (A Nicole.) Et toi, sais-tu bien comme il faut faire pour dire un U?
Comment?
NICOLE
MONSIEUR JOURDAIN
Oui. Qu’csl-ce que lu fais quand tu dis U?
LE BOURGEOIS GENTIUIOMME,
MCOLU.
Quoi ?
Dis un peu Ü, pour voir.
NICOLE
Hé bien! U.
MONSIEUR JOURDAIN
Qu’est-ce que tu fais?
NICOLE
Je dis U.
MONSIEUR JOURDAIN
Oui; mais quand tu dis U, qu’est-ce que lu fais?
NICOLE
Je fais ce que vous me dites.
, MONSIEUR JOURDAIN
Oh! l’étrange chose que d’avoir affaire à des bétes! Tu allonges les lèvres en dehors, et approrlies la mâchoire d'en haut de celle d’en bas; U, vois-tu? Je fais la moue : U.
NICOLE
Oui, cela est biau.
MADAME JOURDAIN
Voilà qui est admirable!
MONSIEUR JOURDAIN
C’est bien autre chose, si vous aviez vu O, et DA, DA, et FA, FA !
MADAME JOURDAIN
Qu’est-ce que c’est donc que tout ce galimatias-là?
De quoi est-ce que tout cela guérit?
MONSIEUR JOURDAIN
J’enrage ([uand je vois des femmes ignorantes.
MADAME JOURDAIN
Allez , vous devriez envoyer promener tous ces gens-la , avec leurs fariboles.
NICOLE
Et surtout ce grand escogriffe de maître d armes , qui remplit de poudre tout mon ménage.
MONSIEUR JOURDAIN
Ouais! ce maître d’armes vous tient au cœur! Je le acux faire voir ton impertinence tout à l’heure. (Après avoir fait a^ porter des fleurcls, ol eu avoir donné un à Nicole.) Tiens, raîsoil dé-