ACTK III, SCÈNE III
monslrativc, la ligne du corps. Quand oii pousse en quarte, on n’a qu’à faire cela, et, quand on pousse en tierce, on n’a qu’à faire cela. Voilà le moyen de n’être jamais tué; et cela n’est-il pas beau, d’être assure de son fait quand on se bat contre quelqu’un? Là, pousse-moi un peu, pour voir.
NICOLE
Ile bien ! quoi !
(Nicole pousse plusieurs boUes à monsieur Jourdain.)
MONSIEUR JOURDAIN
Tout beau! Holà! ho ! Doucement. Diantre soit la coquine!
Vous me dites de pousser.
MONSIEUR JOURDAIN
Oui ; mais lu me pousses en tierce avant que de me pousser en quarte, et tu n’as pas la patience que je pare.
MADAME JOURDAIN
Vous êtes fou , mou mari , avec toutes vos fantaisies ; et cela vous est venu depuis que vous vous mêlez de hanter la noblesse.
MONSIEUR JOURDAIN
Lorsque je hante la noblesse, je fais paroître mon jugement ; et cela est plus beau que de hanter votre bourgeoisie
MADAME JOURDAIN
Çamon ‘ vraiment ! il y a fort à gagner à fréquenter vos nobles , et vous avez bien opéré avec ce beau monsieur le comte, dont vous vous êtes embéguiné!
MONSIEUR JOURDAIN
Daix ; songez à ce que vous dites. Savez-vous bien , ma femme, que vous ne savez pas de qui vous parlez, quand \ous parlez de lui? C’est une personne d’importance plus que vous ne pensez, un seigneur que l’on considère à la cour, et qui parle au roi tout comme je vous parle. N’est-ce pas une chose qui m’est tout à fait honorable, que l’on voie venir chez moi si souvent une personne de cette qualité, qui m’appelle son cher ami, et me traite comme si j’étois son égal Il a pour moi des bontés qu’on ne devineroit jamais ;
’ CeUmon, ce fay mon, ce faudra mon, sonl façons do parler do baroiigéres, Il Anloiiic Oiidiii danssa grammaire française. Il est probable que comon est une cornipiion de dest mon, qiii se disait par abréviation de c'est mon auis. On n trouve un exemple dans Monlaigne, liv. ll,cli.37. (Aime Martin.)
LE BOURGEOIS GENTILHOMME
et, devant tout le monde, il me fait des caresses dont je suis moi-meme confus.
MADAME JOLUDAIN.
Oui, il a des bonlés pour vous, et vous fait des caresses; mais il \ous cniprunle votre argent.
MONSIECU JOIJUUAIN.
Hé bien ! ne m’est-ce pas de l’honneur, de prêter de l’argent à un homme de cette condition-là? et puis-je faire moins pour un seigneur qui m’appelle son cher ami?
MADAME JOERDAIN.
Et ce seigneur, que fait-il pour vous?
MONSIEUR JOURDAIN
Des choses dont on scroit étonné, si on les savoit.
MADAME JOURDAIN
Et quoi?
MONSIEUR JOURDAIN
Baste! je ne puis pas m’expliquer. Il suffit que si je lui ai prêté de l’argent, il me le rendra bien, et avant qu’il soit peu.
MADAME JOURDAIN
Oui. Attendez-vous à cela.
MONSIEUR JOURDAIN
Assurément. Ne me l’a-t-il pas dit?
Oui, oui, il ne manquera pas d’y faillir.
MONSIEUR JOURDAIN
Il m’a juré sa foi de gentilhomme.
MADAME JOURDAIN
Chansons !
MONSIEUR JOURDAIN
Ouais! Vous êtes bien obstinée, ma femme! Je vous dis qu’il me tiendra sa parole; j’en suis sûr.
MADAME JOURDAIN
Et moi , je suis sûre que non , et que toutes les caresses qu’il vous fait ne sont que pour vous enjôler.
MONSIEUR JOURDAIN
Taisez-vous. Le voici.
MADAME JOURDAIN
Il ne nous faut plus que cela. Il vient peut-être encore vous faire quelque emprunt; et il me semble que j’ai diné quand je le vois.