ACTE III, SCENE VI
son scrupule; et ce n’est que d’aujourd’hui qu’elle s’est résolue à l’accepter.
MONSIEUR JOURDAIN
Coniiuent l’a-t-elle trouvé?
DORANTE
Merveilleux ; et je me trompe, fort , ou la beauté de ce diamant fera pour vous sur sou esprit un effet admirable.
MONSIEUR JOURDAIN
Plût au ciel!
MADAME JOURDAIN , à Nicole.
Quand il est une fois avec lui, il ne peut le quitter.
DORANTE
Je lui ai fait valoir comme il faut la richesse de ce présent, et la grandeur de votre amour.
MONSIEUR JOURDAIN
Ce sont, monsieur, des bontés qui m’accablent; et je suis dans une confusion la plus grande du monde, de voir une personne de votre qualité s’abaisser pour moi à ce que vous faites.
DORANTE
Vous moquez-vous? est-ce qu’entre amis on s’arrête à ces sortes de scrupules? et ne feriez-vous pas pour moi la même chose, si l’occasion s’en offroit?
MONSIEUR JOURDAIN
Oh! assurément, et de très grand cœur!
MADAME JOURDAIN , à Nicole.
Que sa présence me pèse sur les épaules!
DORANTE
Pour moi, je ne regarde rien quand il faut servir un ami ; et lorsque vous me files confidence de l’ardeur que vous aviez prise pour cette marquise agréable, chez qui j’avois commerce , vous vîtes que d’abord je m’offris de moimême à servir votre amour.
MONSIEUR JÔURDAIN.
Il est vrai. Ce sont des bontés qui me confondent.
MADAME JOURDAIN, à Nicole.
Est-ce qu’il ne s’en ira point?
NICOLE
Ils SC trouvent bien ensemble.
DOUANTE.
ous avez pris le bon biais pour loucher son cœur Les
femmes aiment surtout les dépenses qu’on fait pour elles; et vos frequentes sérénades , et vos bouquets continuels , ce superbe feu d’artifice qu’elle trouva sur l’eau, le diamant qu’elle a reçu de votre part, et le cadeau * que vous lui préparez, tout cela lui parle bien mieux en faveur de votre amour que toutes les paroles que vous auriez pu lui dire vous-même.
MONSIEUR JOURDAIN
Il n’y a point de dépenses que je ne fisse, si par là je poiivois trouver le chemin de son cœur. Une femme de qualité a pour moi des charmes ravissants; et c’est un honncuique j’achéterois au prix de toutes choses.
MADAME JOURDAIN, bas , à .Nicole.
Que peuvent-ils tant dire ensemble? Va-t’en un peu tout doucement prêter l’oreille.
DORANTE
Ce sera tantôt que vous jouirez à votre aise du plaisir de sa vue; et vos yeux auront tout le temps de se satisfaire.
MONSIEUR JOURDAIN
Pour être en pleine liberté, j’ai fait en sorte que ma femme ira dîner chez ma sœur, où elle passera toute l'aprés-dînée
DORANTE
Vous avez fait prudemment, et votre femme auroit pu nous embarrasser. J’ai donné pour vous l’ordre qu’il faut au cuisinier, et à toutes les choses qui sont nécessaires pour le ballet. Il est de mon invention; et pourvu que l’exécution puisse répondre à l’idée, je suis sûr qu’il sera trouvé...
MONSIEUR JOURDAIN , s'apei'ccvanl que Nicole écoule, el lui douuaut un souPllel.
Ouais! vous êtes bien impertinente! (a Dorante.) Sortons, s’il vous plaît.