‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 261 sur 593 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

liücn.E,

Ma mère!

MADAME JOURDAIN

.Allez! vous êles une coquine.

MONSIEUR JOURDAIN, à madame Jourdain.

Quoi! vous la querellez de ce qu’elle m’obéit!

MADAME JOURDAIN

Oui ; elle est à moi aussi bien qu’à vous.

COYIELLE, à madame Jourdain.

Madame!

MADAME JOURDAIN

Que me voulez-vous conter, vous?

COVIELLE

Un mot.

Je n’ai que faire de votre mot.

COVIELLE, à monsieur Jourdain.

Monsieur, si elle veut écouter une parole en particulier, je vous promets de la faire consentir à cé que vous voulez. MAD.VME JOURDAIN.

Je n’y consentirai point.

COVIELLE

Écoutez-moi seulement.

Non.

MADAME JOURDAIN

MONSIEUR JOURDAIN, à madame Jourdain.

Écoutez-Ie.

MADAME JOURDAIN

Non ; je ne veux pas l’écouler..

MONSIEUR JOURDAIN

11 vous dira...

MADAME JOURDAIN

Je ne veux point qu’il me dise rien.

MONàlEUR JOURDAIN.

Voila une grande obstination de femme! Cela vous fera-t-il mal de l’entendre?

Ne faites que m’écouler ; vous ferez après ce qu’il v(-m= plaira. *

MADAME JOURDAIN

Hé bien ! quoi?

518 LE BOURGEOIS GENTILHOMME

COVIELLE, bas, à madame Jourdain.

Il y a une heure, madame, que nous vous faisons signe : ne voyez-vous pas bien que tout ceci n’est fait que pour nous ajuster aux visions de votre mari ; que nous l’abusons sous ce déguisement, et que c’est Clconte lui-même qui est le fils du Grand Turc?...

MADAME JOüRDAIN, bas, à Covielle.

Ah ! ah !

COVIELLE , bas, à madame Jourdain.

Et moi. Covielle, qui suis le truchement?

MADAME JOURDAIN, bas, à Covielle.

Ah ! comme cela, je me rends.

COVIELLE , bas, à madame Joiirdaiu.

Ne faites pas semblant de rien.

MADAME JOURDAIN, baul.

Oui, voilà qui est fait, je consens au mariage.

Ah! voilà tout le monde raisonnable, (a madame Jourdain.) Vous ne vouliez pas l’écouter. Je savois bien qu’il vous expliqueroit ce que c’est que le fils du Grand Turc.

MADAME JOUHDAIN.

Il me l’a expliqué comme il faut, et j’en suis satisfaite. Envoyons quérir un notaire.

DORANTE

C’est fort bien dit. Et afin , madame Jourdain , que vous puissiez avoir l’esprit tout à fait content, et que vous perdiez aujourd’hui toute la jalousie que vous pourriez avoir conçue de monsieur Notre mari , c’est que nous nous servirons du même notaire pour nous marier, madame et moi.

MADAME JOURDAIN

Je consens aussi à cela.

MONSIEUR JOURDAIN, bas, à Dorante.

C’est pour lui faire accroire.

DORANTE, bas, à monsieur Jourdain.

11 faut bien l’amuser avec cette Mute.

MONSIEUR JOURDAIN, bas.

Bon, bon! (iiaui.) Qu’on aille quérir le notaire.

DORANTE

Tandis qu’il viendra et qu’il dressera les contrats, voyons notre ballet, et donnons-on le divertissement à Son Altesso turque.

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