‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 297 sur 593 · ACTE H, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE I

PSYCHÉ

Ah ! seigneur, je tremble des crimes Que Je vous fais commettre, et je dois me haïr...

LE ROI

Ah ! qu’ils souffrent du moins mes plaintes légitimes ;

Ce m’est assez d’effort que de leur obéir ;

Ce doit leur être assez que mon cœur t’abandonne Au barbare respect qu’il faut qu’on ait pour eux.

Sans prétendre gêner la douleur que me donne L’épouvantable arrêt d’un sort si rigoureux.

Mon juste désespoir ne sauroit se contraindre ;

Je veux, je veux garder ma douleur à jamais ;

Je veux sentir toujours la perte que je fais ;

De la rigueur du ciel je veux toujours me plaindre ;•

Je veux, jusqu’au trépas , incessamment pleurer Ce que tout l’univers ne peut me réparer.

PSYCHÉ

Ah! de grâce, seigneur, épargnez ma foiblesse;

J’ai besoin de constance en l’état où je suis.

Ne fortifiez point l’excès de mes ennuis Des larmes de votre tendresse.

Seuls ils sont assez forts, et c’est trop pour mon cœur De mon destin et de votre douleur.

LE ROI

Oui, je dois t’épargner mon deuil inconsolable.

\oici l’instant fatal de m’arracher de toi ;

Mais comment prononcer ce mot épouvantable?

Il le faut toutefois ; le ciel m’en fait la loi :

Une rigueur inévitable M’oblige à te laisser en ce funeste lieu.

Adieu; je vais... Adieu*.

Ce qui suit Jusqu’à la fin de la pièce est de M. Corneille à la réserve de la première scène du troisième acte, qui est de la meme main que ce qui a précédé. ■>

La Siluation «le Psycbo et de son père est la même que celle d'lphi(ténie et Agamemnon. Le père de Psyché est plus touchant quele roi de Mycénes, parce qu il ue meme en rien son malheur, qu’il ne peut rien pour s'y soustraire et que rien ne pourra l’en consoler. Mais , d'un autre côté, Iphigénie, laissant échapper cos regrets si naturels dans une jeune lille qui va perdre, avec la vie qu elle aime, un amant qu’elle chérit encore davantage, est hien plus utlendris* tante que Psyché encourageant son père à la conslance, et lui rcmoiilraiit ce qu il don à sa qualité de roi et à son respect pour les dieux. (Aiigor.)

PSYCHli.

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