I.’ AM ou R
Quel besoin de secours au milieu d’un empire Où tout ce qui respire
N’attend que vos regards pour en prendre la loi ,
Où vous n’avez à craindre autre monstre que moi ?
PSYCHÉ
Qu’un monstre tel que vous inspire peu de crainte! Et que , s’il a quelque poison ,
Une arne auroit peu de raison De hasarder la moindre plainte Contre une favorable atteinte,
PSYCHÉ
Dont tout le cœur craindroit la guérison !
A peine je vous vois, que mes frayeurs cessées Laissent évanouir l’image du trépas,
Et que je sens couler dans mes veines glacées Un je ne sais quel feu que je ne connois pas.
J ai senti de l’estime et de la complaisance.
De l’amitié, de la recon naissance;
De la compassion les chagrins innocents M’en ont fait sentir la puissance;
Mais je n ai point encor senti ce que je sens.
Je ne sais ce que c’est; mais je sais qu’il me charme.
Que je n’en conçois point d’alarme.
Plus j’ai les yeux sur vous, plus je m’en sens charmer. Tout ce que j’ai senti n’agissoit point de même ;
Et je dirais que je vous aime.
Seigneur, si je savais ce que c’est que d’aimer.
Ne les détournez point ces yeux qui m’empoisonnent.
Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux.
Qui semblent partager le trouble qu’ils me donnent.
Hélas! plus ils sont dangereux.
Plus je me plais à m’attacher sur eux.
Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre.
Vous dis-je plus que je ne dois ,
Moi de qui la pudeur devrait du moins attendre Que vous m’expliquassiez le trouble où je vous vois ?
Vous soupirez, seigneur, ainsi que je soupire ;
Vos sens, comme les miens, paroissent interdits.
C’est à moi de m’en taire, à vous de me le dire;
Et cependant c’est moi qui vous le dis'.
l’amoiu.
Vous avez eu, Psyché, l’ame toujours si dure.
Qu’il ne faut pas vous étonner Si, pour en réparer l’injure.
L’amour, en ce moment, se paie avec usure De ce qu’elle a dû lui donner.
Ce moment est venu qu’il faut que votre bouche
'Corneille avait soixanle-cin(| ans lorsqu'il lit celle déclaration si tendre ctsi véliémeuic; mais ce qui peut en expliquer la tendresse et la verve, c'est qu'il était alors fort amoureux de inadeinoisclln .Molière, qui jouait le rôle dé Psyché. C'est donc pour elle qu'il composa ces vers; cl la déclaration qu'il met dans la liouclie de la jeune lillc exprime, comme il le dit ini-méme, loin le feu qui circule dans des veines glacées. Un an plus tard, il lui rendit un nouvel hommage, dans Pulchérie, sous le nom du Marlian. (Aimé M.^rlin.)