‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 323 sur 593 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Ne m’en demandez point la cause;

Peul-cIre, la sachant, voudrez-vous m’en punir;

Et, si j’ose aspirer encore. à quelque chose,

Je suis sûre du moins de ne point l’obtenir.

l’amour.

Eli! ne craignez-vous point qu’à mon tour je m’irrite Que vous connoissiez mal quel est votre mérite ,

Ou feigniez de ne pas savoir Quel est sur moi votre absolu pouvoir ?

Ail ! si vous en doutez , soyez désabusée.

Parlez.

l'SÏCHÛ.

J’aurai l’affront de me voir refusée.

l’amoür.

Prenez en ma faveur de meilleurs sentiments;

L’expérience en est aisée.

Parlez, tout se tient prêt à vos commandements.

Si , pour m’en croire, il vous faut des serments, J’en jure vos beaux yeux, ces maîtres de mon ame. Ces divins auteurs de ma tlamme;

Et, si ce n’est assez d’en jurer vos beaux yeux.

J’en jure par le Styx , comme jurent les dieux.

PSYCHÉ

J’ose craindre un peu moins, après cette assurance. Seigneur, je vois ici la pompe et l’abondance;

Je vous adore , et vous, m’aimez ;

Mon cœur en est ravi , mes sens en sont charmés ; Mais , parmi ce bonheur suprême ,

J’ai le malheur de ne savoir qui j’aime :

Dissipez cet aveuglement ,

Et faites-moi connoîU’e un si parfait amant.

l’amour.

Psyché, que venez^vous de dire?

PSYCHÉ

Que c’est le bonheur où j’aspire;

Et si vous ne me l’accordez...

l’amour.

Je l’ai juré, je n’en suis plus le maîire :

Mais vous ne savez pas ce que vous demandez. Laissez-moi mon secret. Si je me fais connoilrc, Je vous perds, et vous me perdez.

384 PSYCHÉ

Le seul remède est de vous en dédire.

psYcmi.

C’est là sur vous mon souverain empire?

l’amoüu.

V’ous pouvez tout , et je suis tout à vous.

Mais, si nos feux vous semblent doux,

Ne mettez point d’obstacle à leur charmante suite;

Ne me forcez point à la fuite;

C’est le moindre malheur qui nous puisse arriver D'un souhait qui vous a séduite.

rsYcné.

Seigneur, vous voulez m’éprouver;

Mais je sais ce que j’en dois croire.

De grâce, apprenez-moi tout l’excès de ma gloire,

Et ne me cachez plus pour quel illustre choix J’ai rejeté les vœux de tant de rois.

l’amouu.

Le voulez-vous?

PSYCUli.

Souffrez que je vous en conjure.

l’a.mour.

Si vous saviez, Psyché, la cruelle aventure Que par là vous vous aüirez...

psYcin':.

Seigneur, vous me désespérez.

l’amodr.

Pensez-y bien ; je puis encor me taire.

PSYCHÉ

Faites- vous des serments pour n’y point satisfaire?

l’amoür.

Hé bien , je suis le dieu le plus puissant des dieux. Absolu sur la terre , absolu dans les deux ;

Dans les eaux, dans les airs, mou pouvoir est suprême : En un mot, je suis l’Amour même.

Qui de mes propres traits m’étois blesse jwur \ous‘;

Et, sans la violence, hélas! que vous me faites,

Et qui vient de changer mon amour en courroux.

Vous m'alliez avoir pour époux.

‘ l'rwcliirus tlle sayiltarius, ipse me fcfo meo percutti. « .Moi le l'his h«liil« de.s urdiers, ji- me suis lilcîso pour \ou« ü'iin de mes IraiU. > (ApukV.)

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